50 ANS
AU SERVICE DE L’ÉGLISE DES PAUVRES
Avec les
pauvres remettre l’Église et le monde ‘à
l’endroit’
Pedro Pierre,
août 2026.
CONTENU
1. La carte du monde de Peters et celle du
CCFD
2. L’Eglise des pauvres en Amérique latine
3. Mon expérience d’Église des pauvres
4. Nous continuons la mission de Jésus et des
premières Communautés chrétiennes
Conclusion
SE CONVERTIR A JESUS-CHRIST CONSISTE A SE
CONVERTIR AUX PAUVRES.
Mon expérience de 50 ans en
Amérique Latine ont changé mon regard sur l’Église et sur le monde car ses
peuples construisent de nouvelles formes de vivre l’Eglise et la société.
I. LA CARTE DU MONDE DE PETERS ET CELLE DU CCFD
1. La carte du monde de Peters est plus juste
-
Arno Peters (+ 2002) est un historien et cartographe allemand. Il propose une
nouvelle projection du monde en 1974. Celle-ci sera
adoptée par différents organismes, comme des mouvements tiers-mondistes, car elle
propose une vision plus juste du monde.
-
La
carte Peters, d’une part, respecte la proportion des superficies de chaque pays ;
d’autre part, il met la ligne équinoxiale au milieu de la planète.
-
Pour cette raison l’hémisphère nord apparaît 2
fois plus étendu qu’en réalité.
-
La nouveauté
vient du fait que Peters mer l’équateur au centre de la carte, alors que généralement
il est situé bien plus au sud
2. La carte du CCFD cherche à remettre le
monde ‘à l’endroit’
-
Le CCFD (Comité Catholique contre la faim et le
développement) reprend cette carte en mettant le pole sud en haut et l’océan
Pacifique au centre.
-
Pour
l’hémisphère nord, c’est un peu le monde à l’envers, mais pour l’hémisphère sud
c’est le monde à l’endroit : « Notre nord c’est le
sud »..
-
Ce
changement de regard nous invite à nous ouvrir aux nouveautés qui viennent du
Sud. « Changeons notre regard et notre vision du monde »
nous dit le CCFD.
II. L’EGLISE DES PAUVRES EN ANÉRIQUE LATINE
1. L’Eglise des pauvres au Concile Vatican II
-
Le
Concile Vatican II (1962-1965) n’a pas prêté beaucoup d’attention aux Eglises
du sud : Afrique, Amérique du Sud, Océanie.
-
Ce
fut le pape Jean XXIII qui parla le premier de l’Eglise des
pauvres. En 1962, peu avant l’ouverture du Concile, le
Pape Jean XXIII déclara que : "L’Eglise se présente telle qu’elle est et
veut être : l’Eglise de tous et particulièrement l’Eglise des pauvres".
-
Le
cardinal italien Carlo Martini insista en disant que ‘le thème du Concile
est l’Eglise des pauvres’.
-
Le
Document « Lumière des peuples » (Lumen gentium, 26)
fait allusion aux Communautés Ecclésiales de Base (CEB) : « Dans ces
communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou
dispersées, le Christ est présent par la vertu duquel se constitue l’Église ».
-
Durant
le Concile, les évêques latinoaméricains les plus solidaires des
pauvres formèrent un groupe qu’ils appelèrent « l’Eglise des
pauvres » pour approfondir les thèmes du Concile. Ils terminèrent le
Concile par un pacte dans la Catacombe de Domitila où ils se compromettaient à
« vivre pauvrement et à travailler à la libération des pauvres ».
2. Dans les réunions des évêques
latinoaméricains
a) La réunion de Medellín fut le baptême de
l’Eglise des pauvres
-
En
1968, a lieu la 2e réunion des évêques latinoaméricains pour
« appliquer le Concile a la réalité de l’Amérique Latine ».
-
Lors
de cette réunion, les CEB nées au Brésil en 1955 furent définies comme une
Eglise complète, sœur et indépendante de la paroisse. Ce fut la reconnaissance
de l’Eglise des pauvres d’Amérique Latine.
-
Les
évêques écrivent : « L’expérience de la communion à laquelle il a été
appelé, doit la trouver dans sa communauté de base... La communauté chrétienne
de base est ainsi le premier et fondamental noyau ecclésial… Elle
est donc la cellule initiale de structuration ecclésiale et un
foyer de l’évangélisation et actuellement un facteur primordial de promotion
humaine et de développement» (15, 10).
b) Au cours leurs réunions suivante les
éveques confirmèrent l’importance des CEB
-
A Puebla
au Mexique en 1979 : Les CEB sont « l’expression de l’amour prioritaire de
l’Eglise pour le peuple des pauvres » (643).
-
A Saint-Domingue,
en République Dominicaine (1992) : « Les CEB sont une cellule vivante de la
paroisse, entendue comme communion de communautés » (61).
-
A Aparecida,
au Brésil en 2007: « Les CEB sont la
source el la semence de différents services et ministères dans l’Eglise et au
service de la société » (179).
-
Lors
de l’Assemblée Ecclésiale à Puebla au Mexique en 2021, les évêques
invitent à « promouvoir de manière plus décidée les communautés
ecclésiales de base (CEB) comme une expérience d'Église synodale… (et à)
intégrer les membres des Communautés Ecclésiales de Base dans les processus de
décision. »
3. Les papes François et Léon XIV et l’Eglise
des pauvres
-
Lors
de sa première exhortation apostolique le 24 novembre 2013, le pape François
affirmait : « Je désire une Eglise
pauvre et pour les pauvres ».
-
Le
pape León XIV assume la Carte apostolique du pape François « Je t’ai aimé
– L’amour pour les pauvres » : Les deux mettent les pauvres au
centre de l’Eglise et de la société.
III. MON EXPÉRIENCE D’EGLISE DES PAUVRES
1. L’Eglise des pauvres en Equateur
-
Dès
mon arrivée à Guayaquil en 1976, je me suis intégré à un groupe
de 7 paroisses qui travaillaient avec les CEB. Nous nous réunissions tous les
mois avec les prêtres de ces paroisses.
-
En
1979 a lieu la 1e Réunion nationale des CEB d’Equateur.
Après celle-ci, les prêtres qui accompagnions les CEB au niveau national nous
priment l’engagement de nous réunir tous les 3 mois ; nous avions pris le
nom d’ « Eglise des pauvres ».
-
A
partir de 1980 la 1e Rencontre Continentale des CEB. Celle-ci se
répéte tous les 4 ans. En 1984 avait lieu à Cuenca en Equateur la 2e
Réunion continentale des CEB.
-
En
2020 cette Réunion continental, la 11e, a eu lieu à Guayaquil
avec, en plus des CEB existantes, un groupe de jeunes représentants de 13 pays qui
avait conformé les CEB juvéniles.
2. L’Eglise des pauvres au Nicaragua
-
A
partir de 1989 j’ai passé 8 ans dans une paroisse rurale du
sud-ouest du Nicaragua face à la mer des Caraïbes.
-
Il y
avait environ 130.000 habitants avec 130 chapelles où les gens se
réunissaient tous les dimanches pour commenter la Bible en lien avec leur vie
et leur réalité. Ils préparaient aussi les sacrements.
-
Je rendais
visite à ces chapelles rurales organisées en 11 secteurs une fois par an
à dos de mulet, aux chapelles d’une vingtaine de bourg en voiture tous les 3
mois et au centre de 15.000 habitants 2 dimanches par mois.
-
Le
travail au centre paroissial était occupé par des réunions de formation
pour les 23 ministères différents qui existaient sur la paroisse.
-
J’étais
accompagné de 4 diacres mariés et de 5 religieuses, 2 françaises
pour les groupes de santé et 3 brésiliennes pour les écoles.
-
Chaque
année il y avait une Assemblée paroissiale de 3 jours où se décidait le travail
paroissial, les temps de formation pour les ministres et les visites
des diacres, des religieuses et du prêtres aux différentes communautés.
-
Toutes
les chapelles réunissaient pour les différentes célébrations de la Semaine
sainte y compris la dernière cène du jeudi saint.
-
C’était
une Eglise aux mains des laïcs : l’Eglise des pauvres.
IV. NOUS CONTINUONS LA MISSION DE JÉSUS ET DES PREMIERES COMMUNAUTÉS
CHRÉTIENNES
1. La mission de Jésus fut d’inaugurer,
organiser et faire grandir le Royaume
-
Le
pape Paul VI l’a rappelé en 1975 un an avant mon départ en Amérique
Latine : « Jésus est venu pour le Royaume… Le Royaume est l’unique
absolu ; le reste est relatif » (L’annonce de
l’Évangile, 8).
-
Jésus
disait : « Le Royaume est l’unique absolu ; le reste viendra de
surcroit » (Matthieu 6, 33). -
-
« Heureux
les pauvres (Luc 6,20)) y ceux qui ont l’esprit des pauvres (Matthieu 5,5), car
le Royaume de Dieu est à eux .» - « Je te bénis, Père : Tu as
caché ces choses (du Royaume) aux sages et intelligents et tu les as révélées
aux pauvres et aux humbles » (Luc 10,21).
-
Et saint Paul :
« Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour
confondre les sages, et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les
puissants. Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le
monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à
néant ce que le monde estime important » (1 Corinthiens 1,27-28).
2. Les premières Communautés chrétiennes
continuent la construction du Royaume
-
Les
premières Communautés chrétiennes se réunissaient dans les maisons.
Celui que présidait la fraction du pain que nous appelons aujourd’hui
‘Eucharistie’ était le maitre ou la maitresse de maison.
-
Les
premières Communautés étaient très différentes les unes des
autres avec Marie Madeleine et Jacques en Palestine, Paul et Bernabé en Turquie
et en Grèce, Pierre et Marc à Rome, et les autres apôtres dans d’autres pays.
-
Il
n’y avait pas de prêtres ordonnés. Jésus était un laïc et ses
apôtres aussi, qu’on ne voit pas célébrer d’Eucharistie dans le Nouveau
Testament. A l’image de Jésus. aujourd’hui le baptême fait des chrétiens des
« prophètes, prêtres et rois-pasteurs ».
-
Les
CEB réalisent ce retour aux témoignages de Jésus et des premiers
chrétiens -la construction du Royaume-, accompagnés de prêtres et d’évêques
dans tous les pays latinoaméricains.
3. L’Église des pauvres suit le chemin de
Jesús et des premières Communautés chrétiennes
Les CEB sont l’Eglise des pauvres, mais
elles n’en ont pas l’exclusivité de. Il y a aussi les Equipes
Enseignantes (chrétiens dans les institutions d’éducation publiques),
les Mouvements d’Action Catholique (JOC, JEC, ACO…), Communautés
de Vie Chrétienne (CVX)…
1. Caractéristiques des CEB selon 3 évêques
-
« Les
CEB ouvrent un oreille à leur peuple et l’autre à l’Evangile » (Enrique
Anglelelli, Argentine, + 1976).
-
« Les
CEB cheminent avec leurs 2 pies : celui de la Communauté chrétienne et
celui de l’organisation populaire » (Léonidas Proaño, Chimborazo en
Equateur, + 1988).
-
« Les
CEB sont l’Eglise dans leur quartier et leur quartier dans l’Eglise (Gonzalo
López, Amazonie équatorienne, + 2016).
Les CEB unissent la foi et
la vie, l’Evangile et la réalité, la religion et l’engagement social et
politique.
2. Méthode de réunion des CEB
Les CEB se réunissent une fois par
semaine. Elles suivent l’exemple de Jésus avec les 2 disciples d’Emmaüs
avec ses 4 étapes… pour évangéliser les 2 disciples (Luc 24,13-35).
-
Le
temps de l’amitié et du dialogue pour partager la vie et ses
soucis : C’est le « voir ».
-
Le
temps de la parole qui illumine : C’est le
« juger » à l’aide la Parole de Dieu et les Documents de l’Eglise.
-
Le
temps du partage du pain : C’est « l’agir »
individuel et collectif.
-
Le
temps de la célébration : C’est le « célébrer » le
vécu et le partagé.
CONCLUSION
-
L’Eglise
des pauvres est née avec les CEB, ces groupes de chrétiens pauvres de la
ville et de la campagne.
-
Elles
unissent la foi et la vie, l’Évangile et la réalité, les célébration y
les cultures.
-
Leur
engagement est à la fois ecclésial, social et politique (Doctrine
Sociale de l’Eglise).
-
Les
CEB sont « un exemple d’Eglise synodale » pour ses relations
d’égalité, ses ministères diversifiés,
leur participation aux responsabilités et décisions ecclésiales, leurs
engagements sociaux et politiques.
-
Elles
témoignent qu’une nouvelle manière de suivre Jésus en Communautés et en
Eglise est possible.
-
Elles
ouvrent la possibilité d’une Eglise renouvelée et d’une exemple de société
plus égalitaire, participative et créative.
« Je dis que le
monde sera sauvé par les pauvres,
ceux que la
société moderne élimine parce qu'ils ne peuvent pas s'y adapter
et parce qu'elle
est incapable de les intégrer,
jusqu'à ce que
son ingénieuse patience, tôt ou tard, l'emportera sur sa férocité.
Je dis que ce
sont les pauvres qui sauveront le monde :
Ils accompliront
cet exploit colossal. »
Georges Bernanos, écrivain français, 1947.
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