domingo, 27 de septiembre de 2026

Comprendre l'organisation de notre pays pour la transformer.

 

AFFRONTER L’ORGANISATION SOCIALE DE NOTRE PAYS, Pedro Pierre

Guayaquil, septembre 2026.

Voici le résumé d’un atelier sur « Foi et Politique » que m’ont donné en 1977 des amis militants de l’Action Catholique Ouvrière (ACO) du Venezuela. Cet atelier a duré 5 soirs et m’a accompagné pendant 50 ans. Il avait pour but de comprendre comment fonctionne la société afin de pouvoir agir sur elle à partir des valeurs du Royaume. Je lui ai donné le titre de « Atelier de l’Arbre du Royaume » ou « Atelier de l’Arbre de la Vie ». Cela m’a beaucoup aidé à comprendre et mettre en pratique l’engagement politique de la foi. Je le présente encore de temps à autres.

Ceci est un résumé de ses 5 thèmes et de sa conclusion pleine d’espoir. Les 6 thèmes pour comprendre et affronter l’organisation sociale de notre pays sont les suivants : je vous les recommande !

1.      Revitaliser le contrat social, pour apprendre à être plus responsable.

2.      L’économie est notre responsabilité, pour avancer vers plus d’équité.

3.      La politique est l’organisation du vivre-ensemble, pour participer tous a ce qui est de tous.

4.      La sagesse habite en chacun de nous, pour s’enrichir les uns les autres.

5.      La spiritualité est notre force invincible, pour la sortir de l’oubli.

Conclusion : « Levez les yeux ! » pour retrouver et fortifier l’espérance.

Je vous souhaite une bonne lecture et du courage pour améliorer la situation chaotique de notre pays.

1.   REVITALISER LE CONTRAT SOCIAL

Chaque groupe et chaque société a besoin d'accords fondamentaux pour exister et vivre en harmonie. Ces accords définissent les devoirs et les droits de chacun. Ainsi, dans une société, le respect de ces devoirs et de ces droits constitue l'« état de droit ». En Equateur depuis neuf ans, nous assistons à la destruction systématique de cet état de droit, tant par notre manquement à nos devoirs que par l'érosion de nos droits de  la part du gouvernement. Nous sommes entrés dans une dictature en raison du mépris du président pour nos droits et de la complicité de la grande majorité des Équatoriens. Le contrat social qui nous organisait est rompu, et notre situation ne fera qu'empirer. Si nous ne réagissons pas collectivement pour revivifier ce contrat social en décidant de le revitaliser, de le défendre en entreprendre une nouvelle organisation sociale. Tant que nous n'agirons pas ainsi, la situation de notre pays et de nos familles continuera de se dégrader.

Pour renouer avec une coexistence civilisée, nous devons confirmer les bases de cette nouvelle organisation sociale. Voici un schéma qui nous permet de comprendre les critères minimaux de toute organisation sociale, qu'il s'agisse de la famille, du voisinage ou de la société. Nous commencerons par un graphique que nous appellerons « l'Arbre de Vie ». Les chrétiens, nous l'appelons « l'Arbre du Royaume ».

Quant au point de départ ou la racine, nous appellerons « la Source » ou Dieu ou « l’Énergie » qui est à l'origine de l’univers et qui soutient tout, y compris notre existence. Cette « Source » est composée de trois éléments fondamentaux qui animent tout le reste. Il s’agit de « la vie, l'amour et la communauté » : ils constituent l'essence même de l'être humain et de tout ce qui existe.

Cette dynamique se mue en un projet d’harmonie qui façonne le cosmos auquel nous participons tous. On peut l’appeler « l’écologie globale », qu’il nous faut respecter, non seulement en évitant de la détruire, mais aussi en la favorisant de multiples façons. Tout cela constitue la « spiritualité » qui réside dans l’univers et qui est aussi en nous.

Cette dynamique se déploie selon trois dimensions : la nature, l'humanité et la sagesse. La « nature » englobe les quatre éléments qui composent notre planète (la terre, l’air, l’eau et le feu) d'où émergent les plantes, les animaux et les êtres humains. Nous avons tous besoin de ces « biens » pour vivre et cohabiter. Pour cela ils doivent être accessibles à tous. Cela implique une organisation centrée sur la distribution équitable pour permettre la satisfaction des besoins de chacun. Il s'agit ni plus ni moins que de « l'économie », garante de la répartition et du partage équitable. Lorsque l'économie est accaparée par de petits groupes de personne, « l'accumulation » s'installe et détruit la coexistence harmonieuse e engendrant les inégalités et la violence.

Le second élément fondamental de l'harmonie globale est « l'humanité », c'est-à-dire l’ensemble des êtres humains qui avons besoin les uns des autres pour survivre et prospérer. Ici, le projet consiste à « cohabiter », c'est-à-dire à orienter les pouvoirs en place afin d'éradiquer la domination, l'oppression et la répression. C'est l'art de « la politique », auquel nous participons tous consciemment ou non. Si nous restons indifférents ou acteurs d’un pouvoir dominateur, nous collaborons à la destruction des relations humaines.

Le troisième élément fondamental de cette harmonie globale est la communion consciente à ‘l'Énergie’ qui réside en nous. Nous l’appellerons la « Sagesse », c'est-à-dire l'art de vivre, cohabiter et de nous exprimer individuellement, collectivement de manière positive. De là naissent nos idées, nos projets et nos « idéologies » pour organiser la politique, l'économie et la spiritualité. La sagesse échoue lorsque nous l'utilisons pour nous tromper nous-mêmes, mentir et déformer la vérité.

Nous avons découvert quatre objectifs à dynamiser : la spiritualité, la sagesse, la politique et l’économie. Le respect d’un ordre cosmique –la spiritualité– fait la vie, d’amour et de communauté se transforme en sagesse. Celle-ci s’incarne dans la politique qui organise une cohabitation harmonieuse de nos relations humaines. Elle se concrétise dans l’économie qui oriente le partage équitable  des biens et services pour satisfaire nos besoins. De cette manière, nous exerçons la sagesse qui nous est propre, car nous avons tous reçu ses capacités spirituelles, politiques et économiques. Le désordre découle de la destruction de la vie, de l’amour et de la communauté, parce qu’il se transforme en domination d’autrui, accumulation de richesses, rejet de la vérité et ignorance de la spiritualité intérieure de chacun.

Tout ceci est la dynamique du cosmos -notre rêve à tous- : l’impulsion de l’énergie primordiale, la dynamique de la source vitale qui anime toute chose… si nous savons nous ouvrir à toutes nos capacités et à toutes nos possibilités. « Vie, amour et communauté » : tel est l’appel qui nous accompagne et nous fortifie sans cesse, car c’est cela que nous sommes fondamentalement. La Bible le décrit dans ses premières pages et le livre du Deutéronome nous dit : « J’ai mis devant toi la vie et la mort… Je t’exhorte à choisir la vie » (30, 15-20).

Encourageons-nous les uns les autres à faire progressivement du message de cet « Arbre de Vie » une réalité pour notre bien individuel et notre coexistence nationale, qui en a tant besoin. Ceci est le contrat social à revitaliser de manière urgente.

2.   L'ÉCONOMIE EST NOTRE PRATIQUE ET NOTRE RESPONSABILITÉ

On pense souvent que l'économie est réservée aux spécialistes, alors qu'en réalité, la personne qui gère le mieux l’économie, c'est notre mère, qui veille à ce qu'il y ait assez à manger pour tout le monde. L'économie consiste fondamentalement à organiser un partage équitable, tout comme les mères au foyer s'assurent que chacun ait de quoi se nourrir suivant ses besoins. Nous pratiquons tous l'économie lorsque nous sommes responsables des biens matériels qui nous appartiennent, qui sont à nos familles ou qui constituent la propriété commune de tous les citoyens d'un pays.

L'économie englobe la production et l'extraction de biens matériels, leur transformation, leur échange et leur distribution. L’argent n'est pas l'élément central de l'économie. Il n'y a pas de monnaie sans production de biens à acheter ou à vendre. Et il n'y a pas de biens sans travailleurs pour les produire. Les travailleurs sont les principaux artisans de l'économie. Ainsi, l'économie est notre pratique quotidienne pour vivre, nous nourrir et produire des biens qui sont ensuite échangés. C'est l'échange qui a besoin de monnaie et qui en produit.

Les riches l'ont parfaitement compris. Par contre, ils organisent l’accumulation de biens, d’argent et de savoir. Les riche sont eux qui amassent les terres, les outils, les usines, les armes, la propriété privée, la technologie… et maintenant l'intelligence artificielle, pour contrôler la production de biens et richesses et les augmenter sans cesse. Ils forment la classe des ‘propriétaires’ qui thésaurisent les biens et le capital, au détriment des travailleurs. Ainsi naquirent les non-propriétaires, devenus les travailleurs exploités, opprimés, marginalisés, dépossédés de leur droit aux biens de la terre et du fruit de leur travail. Vinrent ensuite l'exploitation de la nature, le pillage des matières premières et la destruction de l'environnement. Ce sont là, de la part des riches, les premiers actes de violence perpétrés par une économie conçue comme une accumulation au détriment des travailleurs.

C’est pourquoi le pape François s’est exprimé avec une force particulière dans son encyclique « La Joie de l’Évangile » : « Aujourd’hui, nous devons dire non à une économie d’accumulation et d’inégalité. Cette économie tue… Non à une économie d’exclusion ! (53-54). Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent ! (55-56). Non à l’argent qui domine au lieu de servir ! (57-58). Non à l’inégalité qui engendre la violence ! (59-60)… Aujourd’hui, tout est pris dans le jeu de la compétitivité et la loi du plus fort, où les puissants dévorent les faibles. »

Dès ses débuts, le peuple de Jésus a eu une expérience positive de l'économie. Après avoir quitté l'esclavage en Égypte et entrepris la traversée du désert du Sinaï, il a connu la pénurie alimentaire. C'est grâce à la manne, ces grains appelés « pain du désert » qu’ils ont survécu en la partageant équitablement : « Que chacun ramasse seulement ce dont il a besoin pour manger, pour lui-même et pour les personnes qui sont sous sa tente… Celui qui en ramassait beaucoup n'en avait pas plus, et celui qui en ramassait peu n'en avait pas moins. Chacun avait ce qu'il lui fallait pour sa propre consommation » ( Exode 16:14-21). Cette expérience de partage équitable était la règle d'or de leur organisation économique. Ainsi purent-ils survivre et traverser le désert… Dans la Bible, le sage Sirach l'exprime clairement : « Le pain dont ils ont besoin, c'est la vie des pauvres ; celui qui le lui enlève est un meurtrier. Celui qui prive son prochain de ses moyens de subsistance tue son prochain… Retenir le salaire d’un ouvrier, c’est comme verser son sang » (Sirácides 34,21-22). Les premiers chrétiens décidèrent d’appliquaient cette règle d’or : « Ils se partageaient tout ce qu’ils possédaient selon les besoins de chacun… Il n’y avait parmi eux aucun indigent » (Actes 2,44 et 4,34).

Les conclusions sont claires : d’une part, il est possible de surmonter les inégalités entre riches et pauvres, et d’autre part, nous avons pour mission de remplacer le système néolibéral qui multiplie les richesses au détriment de l’appauvrissement de millions de personnes. Qui est pauvre et qui est riche ? Nous sommes pauvres lorsque nous partageons, n’exploitons pas autrui et agissons collectivement. Nous sommes riches lorsque nous cessons de partager et accumulons biens et richesses, en prenant aux autres ce qui leur revient de droit (terres, emplois, usines) ou ce qu’ils ont gagné par leur travail (le fruit de leur labeur et leur salaire). Le grand problème aujourd’hui est que cette accumulation incessante est organisée par le système capitaliste néolibéral : c’est le « péché social » qui nous divise, nous dresse les uns contre les autres et nous détruit.

Remplacer ce système néolibéral pervers est plus que nécessaire. Cela commence lorsque, au sein de la famille, nous organisons la répartition et le partage équitables entre tous ses membres. Alors seulement, nous ressentirons le besoin de mettre en commun la terre, le travail, les outils et le fruit de notre labeur. En ce sens, nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et sœurs Indiens pour lesquels le partage communautaire est leur pratique quotidienne. Nous pourrons ainsi concevoir et bâtir un pays où nous aurons en commun « du pain, un toit et un emploi », de quoi vivre dans la dignité.

Le président de l'Académie internationale des responsables catholiques, Mario J. Paredes, a récemment déclaré : « Une nouvelle génération de laïcs est plus que jamais nécessaire. Une génération qui ne renonce pas à transformer la réalité, forte de la vérité de l'Évangile et de la doctrine sociale de l'Église. Accueillons ce défi historique avec l'audace de ceux qui savent que chaque crise est un seuil. Si nous marchons ensemble dans un véritable esprit de synodalité -ou participation égalitaire-, nous, laïcs d'aujourd'hui, sommes appelés à être les artisans d'un renouveau pour nos peuples. Soyons audacieux et courageux à la suite du Christ et grâce à ses enseignements pour transformer le monde. »

Faisons de l’économie équitable notre pratique et notre responsabilité. Laissons-nous guider par les directives du pape François lui-même : il nous invite à donner « la priorité à la vie de tous plutôt qu’à l’accaparement des biens par quelques-uns ». Il propose de s’attaquer aux « causes structurelles de l’inégalité », de renoncer à « l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière ». Il défend « l’organisation populaire, la lutte sociale, l’activisme engagé et une politique orientée vers la justice sociale ». Il réaffirme « l’option préférentielle pour les pauvres » et nous invite à « soutenir leurs causes ». Il propose de « faire germer les graines de solidarité semées partout, de les rassembler afin qu’elles se multiplient en les mettant au service du peuple des pauvres ».

Pour y parvenir, le pasteur Felipe Adolf nous avertit : « Si vous voulez aller vite, allez seul ; si vous voulez aller loin, allons ensemble. » Ayons l’audace de suivre le Christ et de toutes celles et tous ceux qui luttent pour changer notre tête, nos familles, notre pays et notre monde.

3.   LA POLITIQUE EST L'ORGANISATION DE LA VIE EN COMMUN

             La politique, à laquelle nous participons tous du simple fait d'exister, consiste en l'organisation harmonieuse de la vie nationale. Elle est l'art ou la capacité de bien vivre ensemble, à commencer par la famille, le quartier, la ville, puis le pays. Interrogeons-nous sur la manière dont nous organisons ou désorganisons notre quotidien, car l'organisation et la désorganisation sociale, tant au niveau local que global, dépendent beaucoup de chacun de nous.

              Monseigneur Pedro Casaldáliga, du Brésil, l'avait déjà dit : « Si je ne m'engage pas en politique, je ne m'engage ni pour la justice ni pour l'amour fraternel. » Et le pape François a repris les paroles prononcées un siècle plus tôt, en 1927 précisément, par le pape Pie XI : « La politique est la plus haute forme de charité. » Si nous ne participons pas, nous laissons d'autres décider pour nous, et souvent contre notre bienêtre.

Examinons l'organisation politique de notre pays afin que nous puissions y contribuer activement et consciemment, et veiller à ce qu'elle réponde à nos besoins et à nos droits. Nous nous sommes tellement désengagés de la politique que nous nous retrouvons dans un pays en proie à une violence extrême, à la corruption généralisée et aux inégalités criantes.

Il est vrai que le gouvernement national et nos autorités locales portent une grande responsabilité, car ils sont chargés de veiller sur nous et sur nos droits. Mais n'oublions pas que les droits sont l'envers des devoirs. Si nous manquons à nos devoirs les uns envers les autres, nous perdons nos droits. Dans le monde indien, les lois fondamentales se résument à trois devoirs : « Tu ne mentiras point, tu ne voleras point et tu ne seras point oisif. » Depuis le début de son existence,  le peuple de Jésus de Nazareth avait résumé sa « Constitution », c’est-à-dire, l’ensemble de ses lois dans les Dix Commandements : tels étaient leurs principaux devoirs sociaux et religieux.

Examinons brièvement le fonctionnement de notre pays afin d’influencer positivement son organisation et la promotion de nos droits. L'État est l’axe national de notre organisation, ou plutôt -dans la plupart des pays- de notre désorganisation, car l’Etat n’est pas au service de nos besoins. En Equateur, il est composé de cinq entités dotées de pouvoirs indépendants qui garantissent la démocratie, c'est-à-dire, par définition, la participation de tous à l'organisation de tous. Ces cinq pouvoirs sont le législatif, l'exécutif, le judiciaire, le citoyen et l'électoral. Le pouvoir législatif est le premier pouvoir et sa fonction est double : rédiger des lois qui nous régissent au niveau national et contrôler les autres pouvoirs de l'État ; l'Assemblée législative compte actuellement 151 membres. Le pouvoir exécutif est chargé de confirmer les lois votées par l'Assemblée nationale ; il comprend plusieurs ministères œuvrant dans différents domaines pour la promotion du bien commun ; la police et l'armée relèvent de la compétence de l’Etat. Le pouvoir judiciaire, avec les cours constitutionnelle et judiciaire, les juges et les avocats, est chargé d'interpréter et de faire appliquer les lois. Le pouvoir citoyen est détenu par le ‘Conseil national pour la transparence et le contrôle social’, chargé de défendre les citoyens et de lutter contre la corruption. Enfin, il y a le Conseil Électoral chargé d'organiser les élections au niveau national.

L'ensemble de cette organisation est sensé œuvrer pour le bien commun qui nous permettrait de vivre dans la dignité. Nos autorités dépendent de nous : ou nous sommes indifférents et nous leur permettons de faire ce qui leur plait, ou nous exigeons d'elles la protection de nos droits. Il est donc essentiel de nous organiser pour leur faire connaitre notre réalité, pour participer aux décisions à prendre en priorité, pour collaborer au projets décides et contrôler les actions à réaliser. Si notre pays est si désorganisé, c'est parce que nous sommes trop indifférents à ce qui se passe et que nous ne participons pas à la gestion et au développement de nos quartiers, de nos villes et de notre pays. La population se punit elle-même pour ce manque d'organisation et de participation. Nous ne connaissons pas suffisamment nos droits constitutionnels, nous laissons nos autorités et nos législateurs décider à leur guise, nous faisons une confiance aveugle dans les médias dominants, nous participons à la corruption et à l’individualisme ambient.

L’expérience du peuple de la Bible peut nous être utile. Lorsque le peuple de Moïse arriva en Canaan, plus tard appelée Palestine, environ onze siècles avant Jésus-Christ, les Juges ou Chefs de cette époque avaient établi sept critères principaux pour leur organisation sociale : 1. Si Dieu notre créateur est unique, nous sommes tous égaux et avons les mêmes droits. 2. Si la terre appartient à Dieu pour le bien-être de tous, elle doit donc être partagée équitablement et ne peut être ni achetée ni vendue. 3. La gouvernance est décentralisée, avec des clans composés de plusieurs familles et des tribus constituées de plusieurs clans : ceux-ci prennent les décisions qui leur correspondent. 4. Les Dix Commandements sont des lois permanentes. 5. L’éducation comprend la lecture, l’écriture, la culture et l’intégration à la vie en société. 6. Pour se défendre contre les envahisseurs, la défense est locale, temporaire et collective, impliquant tous les hommes. 7. Les prêtres, sans propriété mais percevant la dîme, commémorent et célèbrent la présence solidaire de Dieu, passée et présente. Pour l’élection de leurs autorités dans des assemblées générales, ils se sont souvenus de l’expérience décentralisée du désert : « Choisissez parmi le peuple des hommes de valeur et craignant Dieu, des hommes intègres et incorruptibles, et vous les établirez à la tête du peuple comme chefs de milliers, de centaines, de cinquantaines ou de dizaines » (Exode 18:21).

Saint Paul et Jésus nous mettent également en garde : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux » (1 Timothée 6, 10). – « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné de surcroit » (Matthieu 6, 33). – « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Ne consacrez donc pas votre temps à amasser des richesses » (Luc 12, 33). Le pape Léon XIV nous dit : « Dénonçons les relations injustes de pouvoir : elles sont à l’origine de la pauvreté et des inégalités, des guerres et des catastrophes environnementales. »

Pour conclure, rappelons-nous cet adage : « Un peuple désorganisé est un peuple sans futur. » Organisons-nous pour bâtir le pays que nous méritons… Voilà la politique à assumer.

4.   LA SAGESSE RÉSIDE EN CHACUN DE NOUS

La sagesse est l'art de vivre en harmonie et dans le bonheur, tant sur le plan personnel que collectif, et en relation avec la nature, le cosmos et le Mystère qui nous englobe. Elle est la mère des idéologies. Chacun de nous possède la sagesse et est appelé à la développer tout au long de sa vie ; nous nous enrichissons mutuellement selon nos cultures. En Équateur, nous disposons de trois grandes sources de sagesse : la culture populaire, la culture indigène et la culture afro-équatorienne.

Ces sagesses reposent sur deux dynamiques fondamentales et complémentaires : la communauté de foi et la coexistence équitable . Demandons-nous si nous avançons sur ces deux fronts…

La sagesse prend d'abord racine dans l'appartenance à une communauté de foi au sens le plus large. La sagesse se développe d’abord grâce à la confiance  -la foi- en soi : nous possédons tous des capacités infinies car nous participons tous à l'Energie vitale qui crée et recrée toute chose. Une autre dimension est la foi en autrui, car nous sommes tous égaux, infinis et créateurs. Une troisième dimension est la foi en la nature et le cosmos, qui constituent notre matrice première, dotée d’un progrès bénéfique. La source ultime de notre sagesse est la foi en l'Énergie vitale que nous appelons Dieu, la Source originelle de toute chose, ou encore la Créativité en action constante. Saint Paul l'exprimait ainsi : « Si Dieu (Énergie, Source et Créativité) est pour nous, qui sera contre nous ? » … « Je peux tout par celui qui me fortifie » (Romains 8, 31 et Philippiens 4, 13). Cette foi multiple vécue en Communautés est la force motrice première de tout être humain.

Le second aspect dynamique de notre sagesse réside dans notre capacité à vivre harmonieusement ensemble. Comme êtres humains, nous faisons des choix de vie individuels, mais c'est au sein d'une communauté que nous nous épanouissons. Nous découvrons que nous avons tous besoin les uns des autres, car être humain, c'est être frère et sœur. De plus, chacun de nous, et nous tous ensemble, ne faisons qu'un avec la nature qui nous nourrit et nous guérit, et avec le cosmos qui nous abrite. En définitive, nous appartenons à cette Énergie vitale qui englobe et dynamise toute chose.

Pour toutes ces raisons, nous devons être optimistes : nous formons, avec toute chose et entre tous, une seule et même dynamique de vie en perpétuelle évolution et progrès. On le sait : « Une seule goutte d’eau modifie le niveau de la mer ! » – « Chaque cri de douleur ou de joie fait frémir la planète entière ! » – « Nous sommes poussière d’étoiles : éternels ! » – « Le Royaume ne se détient jamais ! »… Notre destinée est une coexistence harmonieuse entre tous et avec toute chose : voilà le secret d’un bonheur inébranlable ; le reste n’est que plaisirs fugaces et éphémères. Revenons sans cesse à l’essentiel.

Notre sagesse embrasse différentes dimensions : individuelle, collective, cosmique et spirituelle, nous permettant de vivre pleinement individuellement et collectivement. Grâce à cette sagesse, nous contribuons, d’une part, à un système politique où chacun participe à tous les niveaux et, d’autre part, à une économie équitable où chacun donne selon ses capacités et reçoit selon ses besoins. Nous savons que la démocratie implique la participation de tous aux décisions qui concernent tous, parce que nul n’est une île.

Pour développer notre sagesse, nous fréquentons tous différents espaces : la famille, l'école, la religion, les médias, les partis politiques, la culture et, aujourd'hui, l'intelligence artificielle. La famille est la première expérience sociale qui nous façonne pour la vie : elle est l'école de la sagesse, grâce à l'exemple et aux conseils de nos parents. L'éducation scolaire nous prépare non seulement à lir, compter et écrire, mais surtout à affronter les défis, les difficultés et le mal que nous rencontrerons. Les religions contribuent à notre pleine humanité car elles englobent toutes les dimensions : l'individu, le collectif, le socio-économique, le politique et le spirituel. Les partis politiques sont -devraient être- fondamentalement l'expression des organisations populaires qui orientent la politique et l'économie : ils privilégient la politique qui controle l'économie. La culture est l'héritage de siècles de sagesse ancestrale qui réside en nous, consciemment et inconsciemment, et que nous devons partager pour nous enrichir mutuellement et dans le respect. L'intelligence artificielle est le fruit de notre développement technologique, qui doit être socialisé et mis au service du développement humain intégral, de la promotion de la nature, de la communion avec le cosmos et de l'ouverture à la dimension transcendantale.

La sagesse biblique a intégré les sagesses des civilisations contemporaines à son écriture : celle de la Mésopotamie (ou Perse), de l'Égypte (en Afrique), de la Grèce et des Celtes (en Europe). Les livres de sagesse bibliques furent écrits pour résister, grâce à la sagesse des pauvres, à la violence des empires grec et romain. Jésus de Nazareth s'est approprié cette sagesse –c'est le sens de la visite des Rois mages– pour révéler, d'une part, que Dieu est proche de nous, un ami et un libérateur avec nous, et d'autre part, pour proposer la construction d'une fraternité et d'une justice universelles, fondées sur la participation active des pauvres et de ceux qui partagent leur esprit. Jésus a appelé ce projet le Royaume de Dieu, le règne de la vie, de l'amour et du bonheur.

Durant 13 ans, le pape François s’est consacré au message d'un Jésus libérateur qui propose des alternatives nouvelles pour remplacer le système capitaliste pervers et construire, à partir des pauvres organisés, une civilisation d'amour et de justice, respectueuse de la nature et ouverte à la transcendance.

Actuellement, les peuples autochtones de la planète se rebellent contre les systèmes qui veulent continuer à les coloniser et proposent, forts de leur sagesse, des sociétés alternatives politiquement plus participatives, économiquement plus équitables et, idéologiquement plus créatives. Elles sont , d'une part, plus respectueuses des personnes, des communautés et de la nature et, d'autre part, plus ouvertes à la transcendance du cosmos qui nous unit et nous abrite.

Nous conclurons en reprenant les paroles surprenantes de l'écrivain français Georges Bernanos, décédé en 1948 :  « Je dis que le monde sera sauvé par les pauvres, ceux que la société moderne élimine parce qu'ils ne peuvent pas s'y intégrer et parce qu'elle est incapable de les assimiler, jusqu'à ce que leur ténacité ingénieuse, tôt ou tard, triomphe de sa férocité. Je dis que les pauvres sauveront le monde : ils accompliront cet exploit colossal. » Formons-nous partie de cette classe de pauvres ?

5.   LA SPIRITUALITÉ EST NOTRE FORCE INVINCIBLE

La dimension spirituelle fait partie intégrante de notre nature humaine : elle réside au plus profond de notre personnalité. Elle est au cœur de tout ce qui est invisible en nous. L’auteur du « Petit Prince », Antoine de Saint-Exupéry, écrivait que « l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Nous sommes matière et esprit. Nous sommes « matière » car nous sommes faits de « chair, os et sang » ; nous sommes « esprit » car la vie, l'amour et la beauté nous dépassent. Nous sommes-nous jamais demandé quel esprit nous anime ? Sera-ce un esprit qui apprécie la vie, qui est touché par la compassion pour ceux qui souffrent, qui se délecte de la beauté et de la gratitude, qui est ouvert à la transcendance ?

Cette spiritualité, nous l’avons héritée, à travers nos parents, de la nature et du cosmos. Notre caractéristique fondamentale en tant qu’êtres humains est d’avoir conscience de tout cela. La spiritualité est au cœur de la vie, de l’amour et de la beauté. Elle est présente dans les cultures et les civilisations et elle se manifeste dans les religions par leurs signes et symboles, leurs rites et rituels, leurs dévotions et leurs croyances. La spiritualité nous relie à l’Energie vitale, à la Source originelle, au Mystère d’amour qui habite l’univers et anime toute chose.

Les cultures et les civilisations naissent et renaissent grâce au progrès humain, qui les transforme par l'acquisition de nouvelles connaissances. Aujourd'hui, les religions peinent à assumer ces nouvelles cultures du savoir et de la communication. Engluées dans la conservation du passé, elles ne parviennent plus à toucher les nouvelles générations qui s'en éloignent. Ces générations recherchent de nouvelles voies et de nouvelles formes d'expression spirituelles. Si les religions perdent du terrain, de l'espace et de l'importance, la spiritualité, elle, demeure. Au-delà des religions et des idéologies, nous rêvons tous d'humilité, de bonté et d'œuvrer pour la vie, la fraternité, la justice et la beauté. Malgré nos limites et nos faiblesses, nous aspirons à l'Absolu et nourrissons un rêve d'éternité. Même si nous nous conformons à la société individualiste et consumériste, nous rêvons d'authenticité et  de fraternité.

Jésus de Nazareth fut un être humain qui a atteignit la plénitude dans toutes ses dimensions : personnelle, sociale et spirituelle. Sa mort n'a pas anéanti son témoignage ; au contraire, elle l'a rendu universel : en mourant, il a allumé en chacun de nous le désir d'atteindre ce qui semble de prima bord inaccessible. Quelle était la spiritualité de ce Jésus ? Lors de son baptême, il a fait l'expérience du Mystère universel, de l'Énergie vitale, de la Source créatrice de toute chose. Comme ses compatriotes, il l'a appelé Dieu, qu’il l'a reconnu comme Père et Mère qui prend soin de tous ; quand il priait, il l'appelait « Papa Dieu ! ». Lors de la Transfiguration, il s'est reconnu comme infini, compatissant pour les plus maltraités, habité par cette Énergie invincible.

Jésus découvrit sa mission en lisant le prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour proclamer la liberté aux captifs et le recouvrement de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés et pour proclamer l’année de grâce du Seigneur. » (Luc 4, 18-21). C’est pourquoi il a choisi d’être pauvre avec les pauvres, pour tout le transformer avec eux et rendre la réalité humaine et sociale plus conforme au Mystère de vie et d’amour qui y réside. C’est ce que nous appelons son option préférentielle pour les pauvres. Cette option comporte trois engagements. Premièrement, le choix d’une pauvreté digne, c’est-à-dire une vie simple et austère, empreinte de partage. Deuxièmement, le choix de lutter contre la misère et de la réduire. Enfin, le choix d’y parvenir en s’identifiant aux causes des pauvres, à leurs choix et à leurs combats.

              Saint Paul le comprenait parfaitement : « Il est écrit : ‘Je détruirai la sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des savants… Dieu a choisi les fous de ce monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les faibles du monde pour confondre les forts. Dieu a choisi les méprisés de ce monde, et ceux qui ne sont pas reconnus pour réduire à néant ceux qui sont aclamés» (1 Corinthiens 1,19-28).

              A plusieurs reprises le pape François a encouragé les Mouvements Sociaux : « Soyez des artisans de solidarité et d’espérance pour tous. Ne vous laissez pas corrompre ! … Œuvrons ensemble pour la justice, mais en solidarité avec toutes les personnes marginalisées… La prise de conscience de la crise du travail et de l’écologie doit se traduire par de nouveaux comportements et de nouvelles politiques publiques. Pour susciter de tels comportements et de telles lois, nous avons besoin d’institutions pareilles à vos organisations qui cultivent les vertus sociales, qui favorisent l’épanouissement d’une nouvelle solidarité mondiale, que vous permettant d’échapper à l’individualisme et au consumérisme et qui remettent en question les mythes d’un progrès matériel sans fin et d’un marché sans règles équitables » ( 23 novembre 2017). « J’ose affirmer que l’avenir de l’humanité repose, en grande partie, entre vos mains, dans votre capacité à vous organiser et à promouvoir des alternatives créatives. Vous êtes des poètes sociaux : créateurs d’emplois, bâtisseurs de foyers, producteurs de nourriture, notamment pour ceux que le marché mondial a laissés pour compte… L’avenir de l’humanité est fondamentalement entre les mains des peuples, dans sa capacité à s’organiser et aussi entre celles et ceux qui, humblement et avec conviction, nourrissent ce processus de changement. N’ayez pas peur ! Vous êtes les semeurs du changement » (juillet 2015, Santa Cruz, Bolivie).

La spiritualité de Jésus s’enracine en Dieu Père et Mère, dans les pauvres organisés et dans ceux qui choisissent leurs causes et leurs combats. C’est la spiritualité du Bon Samaritain (Luc 10, 25-35), interprétée collectivement, comme le dit le pape François lui-même : « Le voyageur dépouillé représente, d’une part, ceux qui sont exclus de l’organisation sociale, économique et politique d’un pays et, d’autre part, les peuples, les pays et les continents attaqués, blessés, pillés et abandonnés… La mission incombe à tous, et l’Église doit collaborer avec les autres, en offrant sa parole avec audace et courage, mais aussi avec humilité et une capacité d’apprendre des autres » (Lettre encyclique « La Joie de l’Évangile »). En route donc !

              C’est là que conclut cette série de cinq articles visant à comprendre la réalité de notre pays et à nous inciter, nous, avec les pauvres organisés, à nous unir pour enrayer sa destruction. Jésus de Nazareth appelait ce projet et ce combat « le Royaume de Dieu »… qui ne se détiendra jamais.

6.  « LEVEZ LES YEUX ! »

               Tel fut le grand message du pape Léon XIV lors de son voyage en Espagne : « Levez les yeux ! »… c’est-à-dire : ‘Ne vous contentez pas de supporter les difficultés individuelles et les problèmes locaux… La vie ne se limite pas à l’horizon de chaque jour’… « Levez les yeux ! » a dit le pape au peuple espagnol, à toute l’Europe et à nous aussi.

En Équateur, nous sommes accablés par une dictature qui ne cesse de croitre et qui nous oblige à affronter des situations terribles : la violence orchestrée d'en haut qui se poursuit sans relâche, le chômage programmé qui nous assaille, la perversité d'un gouvernement qui fait de la persécution son mode d'action, oubliant la santé, l'éducation, les routes, la pauvreté qui se transforme en misère.

 « Levez les yeux ! » nous dit le Pape, car si la persécution est aussi forte, c’est parce qu’il existe, en de nombreux endroits, une résistance individuelle et collective intense contre un système de gouvernement qui s’attarde indéfiniment à nous tromper. Baissons légèrement la tête pour continuer à marcher contre vents contraires… et unissons-nous, car c’est ainsi que nous serons forts pour infléchir le cours des évènements.

Levons les yeux pour ne pas nous décourager. Partout, un avenir meilleur est en train de naître. C'est la loi de la vie, comme une grande naissance : la destruction et les morts sont aussi sources de vie ! La poubelle de l’histoire emporte beaucoup de vies souvent inutiles, mais non pas nos rêves ni nos utopies ! Les hommes, les nations, la nature et le cosmos portent en eux un avenir meilleur qu'il faut bâtir sans faiblir. Il y a deux mille ans, saint Paul disait aux Romains : «Nous voyons toute la création gémir et souffrir les douleurs de l'enfantement. Nous aussi, nous soupirons intérieurement, en attendant l'adoption, la rédemption de notre corps… Dans tout cela, nous serons plus que vainqueurs » ( 8, 19-23). ​​Nous sommes les enfants de l'espérance de l'univers et de Dieu.

Commençons par regarder autour de nous et rappelons-nous que le bien est et sera toujours plus fort que le mal. Apprécions les petits gestes de la voisine qui prend soin sans relâche de ses enfants, de celui qui nettoie la rue et plante des fleurs, et de ceux qui nous saluent et nous sourient. Regardons les enfants jouer et crier de joie. Regardons ceux qui se rassemblent, se réunissent et s'organisent pour partager, éveiller les consciences et mettre en marche des solutions… Bien sûr, ce ne sont que des gouttes d'eau dans un océan déchaîné ! Mais la mer est composée de millions de gouttes d'eau, et « une seule goutte en change le niveau ! »

Levons les yeux et regardons au-delà de nos frontières nationales et continentales. Les stadistes estiment à plus de 50 le nombre de conflits armés sur notre planète… sans oublier le génocide en cours en Palestine. Dans le même temps, demandons-nous quand il n'y a pas eu de guerres dans le monde. Les droits humains, les droits des peuples et les droits de la nature ne sont pas respectés… Mais, « avant ! », les droits humains n'étaient même pas un sujet de discussion !

Nous vivons dans un monde qui a commencé à vivre meilleur malgré toutes ses difficultés, car tel est notre destin, inscrit dans notre ADN. Une simple bougie peut dissiper bien des ténèbres. Jésus de Nazareth nous le disait : « Vous êtes la lumière, le sel et le levain du monde ! » Jamais auparavant il n'y a eu autant d'organisations internationales et mondiales. Certes, beaucoup fonctionnent mal, voire pas du tout. Mais leur existence même nous prouve qu'il est possible d'innover, de bâtir la fraternité, de semer la justice, d'atténuer le mal… Elle nous rappelle que c'est notre tâche et notre responsabilité, notre vocation et notre mission. Il appartient à chacun d'entre nous de laisser le monde un peu meilleur.

Il y a vingt-cinq ans, le 11 septembre, la tragédie des attentats aux États-Unis a marqué le début de la prise de conscience que l'hégémonie américaine n'est pas inébranlable. Aujourd'hui, l'Iran démontre que la puissance militaire des États-Unis n'est pas invincible. Trump est une erreur colossale dans l'histoire nordaméricaine. La mort d'Allende au Chili proclame que le socialisme est possible et meilleur que le capitalisme. ‘Le problème n'est pas la malveillance de quelques-uns, mais l'indifférence et la passivité de millions de personnes’, parmi lesquelles nous nous incluons à un moment ou un autre.

Le néolibéralisme a certes remporté la bataille de l'organisation, contre la fraternité et la justice, mais il n'a pas mis fin aux luttes pour la vie qui, siècle après siècle, triomphent de la mort, de la haine et de l'exploitation quelque part sur la planète. La bonté de certains nous préserve de la perversion de tant d'êtres malfaisants. C'est pourquoi la vénération des héros et des martyrs du peuple est si différente de celle des livres d'histoire qui nous livrent une version mensongère de la vision des vainqueurs.

Levons les yeux et apprenons à voir l'autre côté de l'histoire, celle d'en bas, celle du point de vue des pauvres, des femmes, des peuples autochtones, des mouvements sociaux, de l'Église des pauvres, de la musique des rebelles. Une autre histoire s'écrit, se proclame, se chante : c'est la sève d'une vie nouvelle, d'une meilleure coexistence, d'une harmonie avec la nature, d'une communion avec le cosmos et son énergie vitale que rien ni personne ne peut arrêter. Plaçons-nous du côté positif de l'histoire, apportons notre grain de sable, ressentons l'espoir qui anime toute chose et célébrons, modestement, « la fête à venir », la fête qui commence.

 

martes, 1 de septiembre de 2026

Témoignage: 50 ans avec l'Eglise des Pauvres d'Amérique Latine

 

50 ANS AU SERVICE DE L’ÉGLISE DES PAUVRES

Avec les pauvres remettre l’Église et le monde ‘à l’endroit’

Pedro Pierre, août 2026.

CONTENU

1.      La carte du monde de Peters et celle du CCFD

2.      L’Eglise des pauvres en Amérique latine

3.      Mon expérience d’Église des pauvres

4.      Nous continuons la mission de Jésus et des premières Communautés chrétiennes

Conclusion

SE CONVERTIR A JESUS-CHRIST CONSISTE A SE CONVERTIR AUX PAUVRES.

              Mon expérience de 50 ans en Amérique Latine ont changé mon regard sur l’Église et sur le monde car ses peuples construisent de nouvelles formes de vivre l’Eglise et la société.

I. LA CARTE DU MONDE DE PETERS ET CELLE DU CCFD

1.      La carte du monde de Peters est plus juste

-          Arno Peters (+ 2002) est un historien et cartographe allemand. Il propose une nouvelle projection du monde en 1974. Celle-ci sera adoptée par différents organismes, comme des mouvements tiers-mondistes, car elle propose une vision plus juste du monde.

-          La carte Peters, d’une part, respecte la proportion des superficies de chaque pays ; d’autre part, il met la ligne équinoxiale au milieu de la planète.

-           Pour cette raison l’hémisphère nord apparaît 2 fois plus étendu qu’en réalité.

-          La nouveauté vient du fait que Peters mer l’équateur au centre de la carte, alors que généralement il est situé bien plus au sud

2.      La carte du CCFD cherche à remettre le monde ‘à l’endroit’

-          Le CCFD (Comité Catholique contre la faim et le développement) reprend cette carte en mettant le pole sud en haut et l’océan Pacifique au centre.

-          Pour l’hémisphère nord, c’est un peu le monde à l’envers, mais pour l’hémisphère sud c’est le monde à l’endroit : « Notre nord c’est le sud »..

-          Ce changement de regard nous invite à nous ouvrir aux nouveautés qui viennent du Sud. « Changeons notre regard et notre vision du monde » nous dit le CCFD.

II. L’EGLISE DES PAUVRES EN ANÉRIQUE LATINE

1.      L’Eglise des pauvres au Concile Vatican II

-          Le Concile Vatican II (1962-1965) n’a pas prêté beaucoup d’attention aux Eglises du sud : Afrique, Amérique du Sud, Océanie.

-          Ce fut le pape Jean XXIII qui parla le premier de l’Eglise des pauvres. En 1962, peu avant l’ouverture du Concile, le Pape Jean XXIII déclara que : "L’Eglise se présente telle qu’elle est et veut être : l’Eglise de tous et particulièrement l’Eglise des pauvres".

-          Le cardinal italien Carlo Martini insista en disant que ‘le thème du Concile est l’Eglise des pauvres’.

-          Le Document « Lumière des peuples » (Lumen gentium, 26) fait allusion aux Communautés Ecclésiales de Base (CEB) : « Dans ces communautés, si petites et pauvres qu’elles puissent être souvent ou dispersées, le Christ est présent par la vertu duquel se constitue l’Église ».

-          Durant le Concile, les évêques latinoaméricains les plus solidaires des pauvres formèrent un groupe qu’ils appelèrent « l’Eglise des pauvres » pour approfondir les thèmes du Concile. Ils terminèrent le Concile par un pacte dans la Catacombe de Domitila où ils se compromettaient à « vivre pauvrement et à travailler à la libération des pauvres ».

2.      Dans les réunions des évêques latinoaméricains

a)      La réunion de Medellín fut le baptême de l’Eglise des pauvres

-          En 1968, a lieu la 2e réunion des évêques latinoaméricains pour « appliquer le Concile a la réalité de l’Amérique Latine ».

-          Lors de cette réunion, les CEB nées au Brésil en 1955 furent définies comme une Eglise complète, sœur et indépendante de la paroisse. Ce fut la reconnaissance de l’Eglise des pauvres d’Amérique Latine.

-          Les évêques écrivent : « L’expérience de la communion à laquelle il a été appelé, doit la trouver dans sa communauté de base... La communauté chrétienne de base est ainsi le premier et fondamental noyau ecclésial… Elle est donc la cellule initiale de structuration ecclésiale et un foyer de l’évangélisation et actuellement un facteur primordial de promotion humaine et de développement» (15, 10).

b)     Au cours leurs réunions suivante les éveques confirmèrent l’importance des CEB

-          A Puebla au Mexique en 1979 : Les CEB sont « l’expression de l’amour prioritaire de l’Eglise pour le peuple des pauvres » (643).

-          A Saint-Domingue, en République Dominicaine (1992) : « Les CEB sont une cellule vivante de la paroisse, entendue comme communion de communautés » (61).

-          A Aparecida, au Brésil en 2007:  « Les CEB sont la source el la semence de différents services et ministères dans l’Eglise et au service de la société » (179).

-          Lors de l’Assemblée Ecclésiale à Puebla au Mexique en 2021, les évêques invitent à « promouvoir de manière plus décidée les communautés ecclésiales de base (CEB) comme une expérience d'Église synodale… (et à) intégrer les membres des Communautés Ecclésiales de Base dans les processus de décision. »

3.      Les papes François et Léon XIV et l’Eglise des pauvres

-          Lors de sa première exhortation apostolique le 24 novembre 2013, le pape François affirmait :  « Je désire une Eglise pauvre et pour les pauvres ».

-          Le pape León XIV assume la Carte apostolique du pape François « Je t’ai aimé – L’amour pour les pauvres » : Les deux mettent les pauvres au centre de l’Eglise et de la société.

III. MON EXPÉRIENCE D’EGLISE DES PAUVRES

1.      L’Eglise des pauvres en Equateur

-          Dès mon arrivée à Guayaquil en 1976, je me suis intégré à un groupe de 7 paroisses qui travaillaient avec les CEB. Nous nous réunissions tous les mois avec les prêtres de ces paroisses.

-          En 1979 a lieu la 1e Réunion nationale des CEB d’Equateur. Après celle-ci, les prêtres qui accompagnions les CEB au niveau national nous priment l’engagement de nous réunir tous les 3 mois ; nous avions pris le nom d’ « Eglise des pauvres ».

-          A partir de 1980 la 1e Rencontre Continentale des CEB. Celle-ci se répéte tous les 4 ans. En 1984 avait lieu à Cuenca en Equateur la 2e Réunion continentale des CEB.

-          En 2020 cette Réunion continental, la 11e, a eu lieu à Guayaquil avec, en plus des CEB existantes, un groupe de jeunes représentants de 13 pays qui avait conformé les CEB juvéniles.

2.      L’Eglise des pauvres au Nicaragua

-          A partir de 1989 j’ai passé 8 ans dans une paroisse rurale du sud-ouest du Nicaragua face à la mer des Caraïbes.

-          Il y avait environ 130.000 habitants avec 130 chapelles où les gens se réunissaient tous les dimanches pour commenter la Bible en lien avec leur vie et leur réalité. Ils préparaient aussi les sacrements.

-          Je rendais visite à ces chapelles rurales organisées en 11 secteurs une fois par an à dos de mulet, aux chapelles d’une vingtaine de bourg en voiture tous les 3 mois et au centre de 15.000 habitants 2 dimanches par mois.

-          Le travail au centre paroissial était occupé par des réunions de formation pour les 23 ministères différents qui existaient sur la paroisse.

-          J’étais accompagné de 4 diacres mariés et de 5 religieuses, 2 françaises pour les groupes de santé et 3 brésiliennes pour les écoles.

-          Chaque année il y avait une Assemblée paroissiale de 3 jours où se décidait le travail paroissial, les temps de formation pour les ministres et les visites des diacres, des religieuses et du prêtres aux différentes communautés.

-          Toutes les chapelles réunissaient pour les différentes célébrations de la Semaine sainte y compris la dernière cène du jeudi saint.

-          C’était une Eglise aux mains des laïcs : l’Eglise des pauvres.

IV. NOUS CONTINUONS LA MISSION DE JÉSUS ET DES PREMIERES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES

1.      La mission de Jésus fut d’inaugurer, organiser et faire grandir le Royaume

-          Le pape Paul VI l’a rappelé en 1975 un an avant mon départ en Amérique Latine : « Jésus est venu pour le Royaume… Le Royaume est l’unique absolu ; le reste est relatif » (L’annonce de l’Évangile,  8).

-          Jésus disait : « Le Royaume est l’unique absolu ; le reste viendra de surcroit » (Matthieu 6, 33). -

-          « Heureux les pauvres (Luc 6,20)) y ceux qui ont l’esprit des pauvres (Matthieu 5,5), car le Royaume de Dieu est à eux .» - « Je te bénis, Père : Tu as caché ces choses (du Royaume) aux sages et intelligents et tu les as révélées aux pauvres et aux humbles » (Luc 10,21).

-          Et saint Paul : « Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre les sages, et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants. Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important » (1 Corinthiens 1,27-28).

2.      Les premières Communautés chrétiennes continuent la construction du Royaume

-          Les premières Communautés chrétiennes se réunissaient dans les maisons. Celui que présidait la fraction du pain que nous appelons aujourd’hui ‘Eucharistie’ était le maitre ou la maitresse de maison.

-          Les premières Communautés étaient très différentes les unes des autres avec Marie Madeleine et Jacques en Palestine, Paul et Bernabé en Turquie et en Grèce, Pierre et Marc à Rome, et les autres apôtres dans d’autres pays.

-          Il n’y avait pas de prêtres ordonnés. Jésus était un laïc et ses apôtres aussi, qu’on ne voit pas célébrer d’Eucharistie dans le Nouveau Testament. A l’image de Jésus. aujourd’hui le baptême fait des chrétiens des « prophètes, prêtres et rois-pasteurs ».

-          Les CEB réalisent ce retour aux témoignages de Jésus et des premiers chrétiens -la construction du Royaume-, accompagnés de prêtres et d’évêques dans tous les pays latinoaméricains.

3.      L’Église des pauvres suit le chemin de Jesús et des premières Communautés chrétiennes

Les CEB sont l’Eglise des pauvres, mais elles n’en ont pas l’exclusivité de. Il y a aussi les Equipes Enseignantes (chrétiens dans les institutions d’éducation publiques), les Mouvements d’Action Catholique (JOC, JEC, ACO…), Communautés de Vie Chrétienne (CVX)…

1.      Caractéristiques des CEB selon 3 évêques

-          « Les CEB ouvrent un oreille à leur peuple et l’autre à l’Evangile » (Enrique Anglelelli, Argentine, + 1976).

-          « Les CEB cheminent avec leurs 2 pies : celui de la Communauté chrétienne et celui de l’organisation populaire » (Léonidas Proaño, Chimborazo en Equateur, + 1988).

-          « Les CEB sont l’Eglise dans leur quartier et leur quartier dans l’Eglise (Gonzalo López, Amazonie équatorienne, + 2016).

Les CEB unissent la foi et la vie, l’Evangile et la réalité, la religion et l’engagement social et politique.

2.      Méthode de réunion des CEB

Les CEB se réunissent une fois par semaine. Elles suivent l’exemple de Jésus avec les 2 disciples d’Emmaüs avec ses 4 étapes… pour évangéliser les 2 disciples (Luc 24,13-35).

-          Le temps de l’amitié et du dialogue pour partager la vie et ses soucis : C’est le « voir ».

-          Le temps de la parole qui illumine : C’est le « juger » à l’aide la Parole de Dieu et les Documents de l’Eglise.

-          Le temps du partage du pain : C’est « l’agir » individuel et collectif.

-          Le temps de la célébration : C’est le « célébrer » le vécu et le partagé.

CONCLUSION

-          L’Eglise des pauvres est née avec les CEB, ces groupes de chrétiens pauvres de la ville et de la campagne.

-          Elles unissent la foi et la vie, l’Évangile et la réalité, les célébration y les cultures.

-          Leur engagement est à la fois ecclésial, social et politique (Doctrine Sociale de l’Eglise).

-          Les CEB sont « un exemple d’Eglise synodale » pour ses relations d’égalité, ses ministères diversifiés,  leur participation aux responsabilités et décisions ecclésiales, leurs engagements sociaux et politiques.

-          Elles témoignent qu’une nouvelle manière de suivre Jésus en Communautés et en Eglise est possible.

-          Elles ouvrent la possibilité d’une Eglise renouvelée et d’une exemple de société plus égalitaire, participative et créative.

« Je dis que le monde sera sauvé par les pauvres,

ceux que la société moderne élimine parce qu'ils ne peuvent pas s'y adapter

et parce qu'elle est incapable de les intégrer,

jusqu'à ce que son ingénieuse patience, tôt ou tard, l'emportera sur sa férocité.

Je dis que ce sont les pauvres qui sauveront le monde :

Ils accompliront cet exploit colossal. »

Georges Bernanos, écrivain français, 1947.