AFFRONTER
L’ORGANISATION SOCIALE DE NOTRE PAYS, Pedro Pierre
Guayaquil, septembre 2026.
Voici le résumé d’un atelier sur « Foi et
Politique » que m’ont donné en 1977 des amis militants de l’Action
Catholique Ouvrière (ACO) du Venezuela. Cet atelier a duré 5 soirs et
m’a accompagné pendant 50 ans. Il avait pour but de comprendre comment
fonctionne la société afin de pouvoir agir sur elle à partir des valeurs du
Royaume. Je lui ai donné le titre de « Atelier de l’Arbre du Royaume » ou «
Atelier de l’Arbre de la Vie ». Cela m’a beaucoup aidé à comprendre et
mettre en pratique l’engagement politique de la foi. Je le présente encore de
temps à autres.
Ceci est un résumé de ses 5 thèmes et de sa
conclusion pleine d’espoir. Les 6 thèmes pour comprendre et affronter
l’organisation sociale de notre pays sont les suivants : je vous les
recommande !
1. Revitaliser le contrat social, pour apprendre à être plus
responsable.
2. L’économie est notre responsabilité, pour avancer vers plus d’équité.
3. La politique est l’organisation du
vivre-ensemble, pour participer
tous a ce qui est de tous.
4. La sagesse habite en chacun de nous, pour s’enrichir les uns les autres.
5. La spiritualité est notre force invincible, pour la sortir de l’oubli.
Conclusion : « Levez les yeux ! » pour retrouver et fortifier
l’espérance.
Je vous
souhaite une bonne lecture et du courage pour améliorer la situation chaotique
de notre pays.
1. REVITALISER LE CONTRAT SOCIAL
Chaque
groupe et chaque société a besoin d'accords fondamentaux pour exister et vivre
en harmonie. Ces accords définissent les devoirs et les droits de chacun.
Ainsi, dans une société, le respect de ces devoirs et de ces droits constitue
l'« état de droit ». En Equateur depuis neuf ans, nous assistons à la
destruction systématique de cet état de droit, tant par notre manquement à nos
devoirs que par l'érosion de nos droits de
la part du gouvernement. Nous sommes entrés dans une dictature en raison
du mépris du président pour nos droits et de la complicité de la grande
majorité des Équatoriens. Le contrat social qui nous organisait est rompu, et
notre situation ne fera qu'empirer. Si nous ne réagissons pas collectivement
pour revivifier ce contrat social en décidant de le revitaliser, de le défendre
en entreprendre une nouvelle organisation sociale. Tant que nous n'agirons pas
ainsi, la situation de notre pays et de nos familles continuera de se dégrader.
Pour
renouer avec une coexistence civilisée, nous devons confirmer les bases de
cette nouvelle organisation sociale. Voici un schéma qui nous permet de
comprendre les critères minimaux de toute organisation sociale, qu'il s'agisse
de la famille, du voisinage ou de la société. Nous commencerons par un
graphique que nous appellerons « l'Arbre de Vie ». Les chrétiens,
nous l'appelons « l'Arbre du Royaume ».
Quant
au point de départ ou la racine, nous appellerons « la Source » ou Dieu ou « l’Énergie
» qui est à l'origine de l’univers et qui soutient tout, y compris notre
existence. Cette « Source » est composée de trois éléments fondamentaux qui animent
tout le reste. Il s’agit de « la vie, l'amour et la communauté » : ils
constituent l'essence même de l'être humain et de tout ce qui existe.
Cette
dynamique se mue en un projet d’harmonie qui façonne le cosmos auquel nous
participons tous. On peut l’appeler « l’écologie globale », qu’il
nous faut respecter, non seulement en évitant de la détruire, mais aussi en la
favorisant de multiples façons. Tout cela constitue la « spiritualité »
qui réside dans l’univers et qui est aussi en nous.
Cette
dynamique se déploie selon trois dimensions : la nature, l'humanité et la
sagesse. La « nature » englobe les quatre éléments qui composent notre planète
(la terre, l’air, l’eau et le feu) d'où émergent les plantes, les animaux et
les êtres humains. Nous avons tous besoin de ces « biens » pour vivre et cohabiter.
Pour cela ils doivent être accessibles à tous. Cela implique une organisation
centrée sur la distribution équitable pour permettre la satisfaction des
besoins de chacun. Il s'agit ni plus ni moins que de « l'économie », garante de
la répartition et du partage équitable. Lorsque l'économie est accaparée par de
petits groupes de personne, « l'accumulation » s'installe et détruit la
coexistence harmonieuse e engendrant les inégalités et la violence.
Le
second élément fondamental de l'harmonie globale est « l'humanité »,
c'est-à-dire l’ensemble des êtres humains qui avons besoin les uns des autres
pour survivre et prospérer. Ici, le projet consiste à « cohabiter »,
c'est-à-dire à orienter les pouvoirs en place afin d'éradiquer la domination,
l'oppression et la répression. C'est l'art de « la politique »,
auquel nous participons tous consciemment ou non. Si nous restons indifférents
ou acteurs d’un pouvoir dominateur, nous collaborons à la destruction des
relations humaines.
Le
troisième élément fondamental de cette harmonie globale est la communion
consciente à ‘l'Énergie’ qui réside en nous. Nous l’appellerons la
« Sagesse », c'est-à-dire l'art de vivre, cohabiter et de nous exprimer
individuellement, collectivement de manière positive. De là naissent nos idées,
nos projets et nos « idéologies » pour organiser la politique,
l'économie et la spiritualité. La sagesse échoue lorsque nous l'utilisons pour
nous tromper nous-mêmes, mentir et déformer la vérité.
Nous
avons découvert quatre objectifs à dynamiser : la spiritualité, la
sagesse, la politique et l’économie. Le respect d’un ordre cosmique –la
spiritualité– fait la vie, d’amour et de communauté se transforme en sagesse.
Celle-ci s’incarne dans la politique qui organise une cohabitation harmonieuse
de nos relations humaines. Elle se concrétise dans l’économie qui oriente le
partage équitable des biens et services pour
satisfaire nos besoins. De cette manière, nous exerçons la sagesse qui nous est
propre, car nous avons tous reçu ses capacités spirituelles, politiques et
économiques. Le désordre découle de la destruction de la vie, de l’amour et de
la communauté, parce qu’il se transforme en domination d’autrui, accumulation
de richesses, rejet de la vérité et ignorance de la spiritualité intérieure de
chacun.
Tout
ceci est la dynamique du cosmos -notre rêve à tous- : l’impulsion de
l’énergie primordiale, la dynamique de la source vitale qui anime toute chose…
si nous savons nous ouvrir à toutes nos capacités et à toutes nos possibilités.
« Vie, amour et communauté » : tel est l’appel qui nous accompagne et nous fortifie
sans cesse, car c’est cela que nous sommes fondamentalement. La Bible le décrit
dans ses premières pages et le livre du Deutéronome nous dit : « J’ai mis
devant toi la vie et la mort… Je t’exhorte à choisir la vie » (30, 15-20).
Encourageons-nous
les uns les autres à faire progressivement du message de cet « Arbre de Vie »
une réalité pour notre bien individuel et notre coexistence nationale, qui en a
tant besoin. Ceci est le contrat social à revitaliser de manière urgente.
2.
L'ÉCONOMIE EST NOTRE PRATIQUE ET NOTRE
RESPONSABILITÉ
On pense souvent que l'économie est réservée aux spécialistes, alors qu'en
réalité, la personne qui gère le mieux l’économie, c'est notre mère, qui veille
à ce qu'il y ait assez à manger pour tout le monde. L'économie consiste
fondamentalement à organiser un partage équitable, tout comme les mères au
foyer s'assurent que chacun ait de quoi se nourrir suivant ses besoins. Nous
pratiquons tous l'économie lorsque nous sommes responsables des biens matériels
qui nous appartiennent, qui sont à nos familles ou qui constituent la propriété
commune de tous les citoyens d'un pays.
L'économie englobe la production et l'extraction de biens matériels, leur
transformation, leur échange et leur distribution. L’argent n'est pas l'élément
central de l'économie. Il n'y a pas de monnaie sans production de biens à
acheter ou à vendre. Et il n'y a pas de biens sans travailleurs pour les
produire. Les travailleurs sont les principaux artisans de l'économie. Ainsi,
l'économie est notre pratique quotidienne pour vivre, nous nourrir et produire
des biens qui sont ensuite échangés. C'est l'échange qui a besoin de monnaie et
qui en produit.
Les riches l'ont parfaitement compris. Par contre, ils organisent l’accumulation
de biens, d’argent et de savoir. Les riche sont eux qui amassent les terres,
les outils, les usines, les armes, la propriété privée, la technologie… et
maintenant l'intelligence artificielle, pour contrôler la production de biens
et richesses et les augmenter sans cesse. Ils forment la classe des ‘propriétaires’
qui thésaurisent les biens et le capital, au détriment des travailleurs. Ainsi
naquirent les non-propriétaires, devenus les travailleurs exploités, opprimés,
marginalisés, dépossédés de leur droit aux biens de la terre et du fruit de
leur travail. Vinrent ensuite l'exploitation de la nature, le pillage des
matières premières et la destruction de l'environnement. Ce sont là, de la part
des riches, les premiers actes de violence perpétrés par une économie conçue
comme une accumulation au détriment des travailleurs.
C’est pourquoi le pape François s’est exprimé avec une force particulière
dans son encyclique « La Joie de l’Évangile » : « Aujourd’hui, nous devons dire
non à une économie d’accumulation et d’inégalité. Cette économie tue… Non à une
économie d’exclusion ! (53-54). Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent !
(55-56). Non à l’argent qui domine au lieu de servir ! (57-58). Non à
l’inégalité qui engendre la violence ! (59-60)… Aujourd’hui, tout est pris dans
le jeu de la compétitivité et la loi du plus fort, où les puissants dévorent
les faibles. »
Dès ses débuts, le peuple de Jésus a eu une expérience positive de
l'économie. Après avoir quitté l'esclavage en Égypte et entrepris la traversée
du désert du Sinaï, il a connu la pénurie alimentaire. C'est grâce à la manne,
ces grains appelés « pain du désert » qu’ils ont survécu en la partageant équitablement
: « Que chacun ramasse seulement ce dont il a besoin pour manger, pour lui-même
et pour les personnes qui sont sous sa tente… Celui qui en ramassait beaucoup
n'en avait pas plus, et celui qui en ramassait peu n'en avait pas moins. Chacun
avait ce qu'il lui fallait pour sa propre consommation » ( Exode 16:14-21).
Cette expérience de partage équitable était la règle d'or de leur organisation
économique. Ainsi purent-ils survivre et traverser le désert… Dans la Bible, le
sage Sirach l'exprime clairement : « Le pain dont ils ont besoin, c'est la vie
des pauvres ; celui qui le lui enlève est un meurtrier. Celui qui prive son
prochain de ses moyens de subsistance tue son prochain… Retenir le salaire d’un
ouvrier, c’est comme verser son sang » (Sirácides 34,21-22). Les premiers
chrétiens décidèrent d’appliquaient cette règle d’or : « Ils se partageaient
tout ce qu’ils possédaient selon les besoins de chacun… Il n’y avait parmi eux
aucun indigent » (Actes 2,44 et 4,34).
Les conclusions sont claires : d’une part, il est possible de surmonter les
inégalités entre riches et pauvres, et d’autre part, nous avons pour mission de
remplacer le système néolibéral qui multiplie les richesses au détriment de
l’appauvrissement de millions de personnes. Qui est pauvre et qui est riche ?
Nous sommes pauvres lorsque nous partageons, n’exploitons pas autrui et
agissons collectivement. Nous sommes riches lorsque nous cessons de partager et
accumulons biens et richesses, en prenant aux autres ce qui leur revient de
droit (terres, emplois, usines) ou ce qu’ils ont gagné par leur travail (le
fruit de leur labeur et leur salaire). Le grand problème aujourd’hui est que
cette accumulation incessante est organisée par le système capitaliste
néolibéral : c’est le « péché social » qui nous divise, nous dresse les uns
contre les autres et nous détruit.
Remplacer ce système néolibéral pervers est plus que nécessaire. Cela
commence lorsque, au sein de la famille, nous organisons la répartition et le
partage équitables entre tous ses membres. Alors seulement, nous ressentirons
le besoin de mettre en commun la terre, le travail, les outils et le fruit de
notre labeur. En ce sens, nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et sœurs
Indiens pour lesquels le partage communautaire est leur pratique quotidienne. Nous
pourrons ainsi concevoir et bâtir un pays où nous aurons en commun « du pain,
un toit et un emploi », de quoi vivre dans la dignité.
Le président de l'Académie internationale des responsables catholiques,
Mario J. Paredes, a récemment déclaré : « Une nouvelle génération de laïcs est
plus que jamais nécessaire. Une génération qui ne renonce pas à transformer la
réalité, forte de la vérité de l'Évangile et de la doctrine sociale de
l'Église. Accueillons ce défi historique avec l'audace de ceux qui savent que
chaque crise est un seuil. Si nous marchons ensemble dans un véritable esprit
de synodalité -ou participation égalitaire-, nous, laïcs d'aujourd'hui, sommes
appelés à être les artisans d'un renouveau pour nos peuples. Soyons audacieux
et courageux à la suite du Christ et grâce à ses enseignements pour transformer
le monde. »
Faisons de l’économie équitable notre pratique et notre responsabilité.
Laissons-nous guider par les directives du pape François lui-même : il nous
invite à donner « la priorité à la vie de tous plutôt qu’à l’accaparement des
biens par quelques-uns ». Il propose de s’attaquer aux « causes structurelles
de l’inégalité », de renoncer à « l’autonomie absolue des marchés et de la
spéculation financière ». Il défend « l’organisation populaire, la lutte
sociale, l’activisme engagé et une politique orientée vers la justice sociale
». Il réaffirme « l’option préférentielle pour les pauvres » et nous invite à «
soutenir leurs causes ». Il propose de « faire germer les graines de solidarité
semées partout, de les rassembler afin qu’elles se multiplient en les mettant
au service du peuple des pauvres ».
Pour y parvenir, le pasteur Felipe
Adolf nous avertit : « Si vous voulez aller vite, allez seul ; si vous voulez
aller loin, allons ensemble. » Ayons l’audace de suivre le Christ et de toutes
celles et tous ceux qui luttent pour changer notre tête, nos familles, notre
pays et notre monde.
3. LA POLITIQUE EST L'ORGANISATION DE LA
VIE EN COMMUN
La politique, à laquelle nous participons
tous du simple fait d'exister, consiste en l'organisation harmonieuse de la vie
nationale. Elle est l'art ou la capacité de bien vivre ensemble, à commencer
par la famille, le quartier, la ville, puis le pays. Interrogeons-nous sur la
manière dont nous organisons ou désorganisons notre quotidien, car
l'organisation et la désorganisation sociale, tant au niveau local que global,
dépendent beaucoup de chacun de nous.
Monseigneur Pedro
Casaldáliga, du Brésil, l'avait déjà dit : « Si je ne m'engage pas en
politique, je ne m'engage ni pour la justice ni pour l'amour fraternel. » Et le
pape François a repris les paroles prononcées un siècle plus tôt, en 1927
précisément, par le pape Pie XI : « La politique est la plus haute forme de
charité. » Si nous ne participons pas, nous laissons d'autres décider pour
nous, et souvent contre notre bienêtre.
Examinons l'organisation politique de notre pays afin que
nous puissions y contribuer activement et consciemment, et veiller à ce qu'elle
réponde à nos besoins et à nos droits. Nous nous sommes tellement désengagés de
la politique que nous nous retrouvons dans un pays en proie à une violence
extrême, à la corruption généralisée et aux inégalités criantes.
Il est vrai que le gouvernement national et nos autorités
locales portent une grande responsabilité, car ils sont chargés de veiller sur
nous et sur nos droits. Mais n'oublions pas que les droits sont l'envers des
devoirs. Si nous manquons à nos devoirs les uns envers les autres, nous perdons
nos droits. Dans le monde indien, les lois fondamentales se résument à trois
devoirs : « Tu ne mentiras point, tu ne voleras point et tu ne seras
point oisif. » Depuis le début de son existence, le peuple de Jésus de Nazareth avait résumé sa
« Constitution », c’est-à-dire, l’ensemble de ses lois dans les Dix
Commandements : tels étaient leurs principaux devoirs sociaux et religieux.
Examinons brièvement le fonctionnement de notre pays afin
d’influencer positivement son organisation et la promotion de nos droits.
L'État est l’axe national de notre organisation, ou plutôt -dans la plupart des
pays- de notre désorganisation, car l’Etat n’est pas au service de nos besoins.
En Equateur, il est composé de cinq entités dotées de pouvoirs indépendants qui
garantissent la démocratie, c'est-à-dire, par définition, la participation de
tous à l'organisation de tous. Ces cinq pouvoirs sont le législatif,
l'exécutif, le judiciaire, le citoyen et l'électoral. Le pouvoir législatif est
le premier pouvoir et sa fonction est double : rédiger des lois qui nous
régissent au niveau national et contrôler les autres pouvoirs de l'État ;
l'Assemblée législative compte actuellement 151 membres. Le pouvoir exécutif
est chargé de confirmer les lois votées par l'Assemblée nationale ; il
comprend plusieurs ministères œuvrant dans différents domaines pour la
promotion du bien commun ; la police et l'armée relèvent de la compétence
de l’Etat. Le pouvoir judiciaire, avec les cours constitutionnelle et
judiciaire, les juges et les avocats, est chargé d'interpréter et de faire
appliquer les lois. Le pouvoir citoyen est détenu par le ‘Conseil national pour
la transparence et le contrôle social’, chargé de défendre les citoyens et de
lutter contre la corruption. Enfin, il y a le Conseil Électoral chargé
d'organiser les élections au niveau national.
L'ensemble de cette organisation est sensé œuvrer pour le
bien commun qui nous permettrait de vivre dans la dignité. Nos autorités dépendent
de nous : ou nous sommes indifférents et nous leur permettons de faire ce
qui leur plait, ou nous exigeons d'elles la protection de nos droits. Il est
donc essentiel de nous organiser pour leur faire connaitre notre réalité, pour participer
aux décisions à prendre en priorité, pour collaborer au projets décides et
contrôler les actions à réaliser. Si notre pays est si désorganisé, c'est parce
que nous sommes trop indifférents à ce qui se passe et que nous ne participons
pas à la gestion et au développement de nos quartiers, de nos villes et de
notre pays. La population se punit elle-même pour ce manque d'organisation et
de participation. Nous ne connaissons pas suffisamment nos droits
constitutionnels, nous laissons nos autorités et nos législateurs décider à
leur guise, nous faisons une confiance aveugle dans les médias dominants, nous
participons à la corruption et à l’individualisme ambient.
L’expérience du peuple de la Bible peut nous être
utile. Lorsque le peuple de Moïse arriva en Canaan, plus tard appelée
Palestine, environ onze siècles avant Jésus-Christ, les Juges ou Chefs de cette
époque avaient établi sept critères principaux pour leur organisation
sociale : 1. Si Dieu notre créateur est unique, nous sommes tous égaux et
avons les mêmes droits. 2. Si la terre appartient à Dieu pour le bien-être de
tous, elle doit donc être partagée équitablement et ne peut être ni achetée ni
vendue. 3. La gouvernance est décentralisée, avec des clans composés de
plusieurs familles et des tribus constituées de plusieurs clans : ceux-ci
prennent les décisions qui leur correspondent. 4. Les Dix Commandements sont des
lois permanentes. 5. L’éducation comprend la lecture, l’écriture, la culture et
l’intégration à la vie en société. 6. Pour se défendre contre les envahisseurs,
la défense est locale, temporaire et collective, impliquant tous les hommes. 7.
Les prêtres, sans propriété mais percevant la dîme, commémorent et célèbrent la
présence solidaire de Dieu, passée et présente. Pour l’élection de leurs
autorités dans des assemblées générales, ils se sont souvenus de l’expérience
décentralisée du désert : « Choisissez parmi le peuple des hommes de valeur et
craignant Dieu, des hommes intègres et incorruptibles, et vous les établirez à
la tête du peuple comme chefs de milliers, de centaines, de cinquantaines ou de
dizaines » (Exode 18:21).
Saint Paul et Jésus nous mettent également en
garde : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux »
(1 Timothée 6, 10). – « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,
et tout le reste vous sera donné de surcroit » (Matthieu 6, 33). – « Là
où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Ne consacrez donc pas votre
temps à amasser des richesses » (Luc 12, 33). Le pape Léon XIV nous
dit : « Dénonçons les relations injustes de pouvoir : elles sont
à l’origine de la pauvreté et des inégalités, des guerres et des catastrophes
environnementales. »
Pour conclure, rappelons-nous cet adage : « Un peuple
désorganisé est un peuple sans futur. » Organisons-nous pour bâtir le pays que
nous méritons… Voilà la politique à assumer.
4. LA SAGESSE RÉSIDE EN CHACUN DE NOUS
La
sagesse est l'art de vivre en harmonie et dans le bonheur, tant sur le plan
personnel que collectif, et en relation avec la nature, le cosmos et le Mystère
qui nous englobe. Elle est la mère des idéologies. Chacun de nous possède la
sagesse et est appelé à la développer tout au long de sa vie ; nous nous
enrichissons mutuellement selon nos cultures. En Équateur, nous disposons de
trois grandes sources de sagesse : la culture populaire, la culture
indigène et la culture afro-équatorienne.
Ces
sagesses reposent sur deux dynamiques fondamentales et complémentaires :
la communauté de foi et la coexistence équitable . Demandons-nous si nous avançons
sur ces deux fronts…
La
sagesse prend d'abord racine dans l'appartenance à une communauté de foi au
sens le plus large. La sagesse se développe d’abord grâce à la confiance -la foi- en soi : nous possédons tous
des capacités infinies car nous participons tous à l'Energie vitale qui crée et
recrée toute chose. Une autre dimension est la foi en autrui, car nous sommes
tous égaux, infinis et créateurs. Une troisième dimension est la foi en la
nature et le cosmos, qui constituent notre matrice première, dotée d’un progrès
bénéfique. La source ultime de notre sagesse est la foi en l'Énergie vitale que
nous appelons Dieu, la Source originelle de toute chose, ou encore la
Créativité en action constante. Saint Paul l'exprimait ainsi : « Si
Dieu (Énergie, Source et Créativité) est pour nous, qui sera contre
nous ? » … « Je peux tout par celui qui me fortifie »
(Romains 8, 31 et Philippiens 4, 13). Cette foi multiple vécue en Communautés
est la force motrice première de tout être humain.
Le
second aspect dynamique de notre sagesse réside dans notre capacité à vivre
harmonieusement ensemble. Comme êtres humains, nous faisons des choix de vie
individuels, mais c'est au sein d'une communauté que nous nous épanouissons.
Nous découvrons que nous avons tous besoin les uns des autres, car être humain,
c'est être frère et sœur. De plus, chacun de nous, et nous tous ensemble, ne
faisons qu'un avec la nature qui nous nourrit et nous guérit, et avec le cosmos
qui nous abrite. En définitive, nous appartenons à cette Énergie vitale qui
englobe et dynamise toute chose.
Pour
toutes ces raisons, nous devons être optimistes : nous formons, avec toute
chose et entre tous, une seule et même dynamique de vie en perpétuelle
évolution et progrès. On le sait : « Une seule goutte d’eau modifie
le niveau de la mer ! » – « Chaque cri de douleur ou de joie
fait frémir la planète entière ! » – « Nous sommes poussière
d’étoiles : éternels ! » – « Le Royaume ne se détient
jamais ! »… Notre destinée est une coexistence harmonieuse entre tous
et avec toute chose : voilà le secret d’un bonheur inébranlable ; le
reste n’est que plaisirs fugaces et éphémères. Revenons sans cesse à l’essentiel.
Notre
sagesse embrasse différentes dimensions : individuelle, collective,
cosmique et spirituelle, nous permettant de vivre pleinement individuellement
et collectivement. Grâce à cette sagesse, nous contribuons, d’une part, à un
système politique où chacun participe à tous les niveaux et, d’autre part, à
une économie équitable où chacun donne selon ses capacités et reçoit selon ses
besoins. Nous savons que la démocratie implique la participation de tous aux
décisions qui concernent tous, parce que nul n’est une île.
Pour
développer notre sagesse, nous fréquentons tous différents espaces : la
famille, l'école, la religion, les médias, les partis politiques, la culture
et, aujourd'hui, l'intelligence artificielle. La famille est la première
expérience sociale qui nous façonne pour la vie : elle est l'école de la
sagesse, grâce à l'exemple et aux conseils de nos parents. L'éducation scolaire
nous prépare non seulement à lir, compter et écrire, mais surtout à affronter
les défis, les difficultés et le mal que nous rencontrerons. Les religions
contribuent à notre pleine humanité car elles englobent toutes les dimensions :
l'individu, le collectif, le socio-économique, le politique et le spirituel.
Les partis politiques sont -devraient être- fondamentalement l'expression des
organisations populaires qui orientent la politique et l'économie : ils
privilégient la politique qui controle l'économie. La culture est l'héritage de
siècles de sagesse ancestrale qui réside en nous, consciemment et
inconsciemment, et que nous devons partager pour nous enrichir mutuellement et
dans le respect. L'intelligence artificielle est le fruit de notre développement
technologique, qui doit être socialisé et mis au service du développement
humain intégral, de la promotion de la nature, de la communion avec le cosmos
et de l'ouverture à la dimension transcendantale.
La
sagesse biblique a intégré les sagesses des civilisations contemporaines à son
écriture : celle de la Mésopotamie (ou Perse), de l'Égypte (en Afrique), de la
Grèce et des Celtes (en Europe). Les livres de sagesse bibliques furent écrits
pour résister, grâce à la sagesse des pauvres, à la violence des empires grec
et romain. Jésus de Nazareth s'est approprié cette sagesse –c'est le sens de la
visite des Rois mages– pour révéler, d'une part, que Dieu est proche de nous,
un ami et un libérateur avec nous, et d'autre part, pour proposer la
construction d'une fraternité et d'une justice universelles, fondées sur la
participation active des pauvres et de ceux qui partagent leur esprit. Jésus a
appelé ce projet le Royaume de Dieu, le règne de la vie, de l'amour et du
bonheur.
Durant
13 ans, le pape François s’est consacré au message d'un Jésus libérateur qui
propose des alternatives nouvelles pour remplacer le système capitaliste
pervers et construire, à partir des pauvres organisés, une civilisation d'amour
et de justice, respectueuse de la nature et ouverte à la transcendance.
Actuellement,
les peuples autochtones de la planète se rebellent contre les systèmes qui
veulent continuer à les coloniser et proposent, forts de leur sagesse, des
sociétés alternatives politiquement plus participatives, économiquement plus
équitables et, idéologiquement plus créatives. Elles sont , d'une part, plus
respectueuses des personnes, des communautés et de la nature et, d'autre part,
plus ouvertes à la transcendance du cosmos qui nous unit et nous abrite.
Nous
conclurons en reprenant les paroles surprenantes de l'écrivain français Georges
Bernanos, décédé en 1948 : « Je dis que le monde sera
sauvé par les pauvres, ceux que la société moderne élimine parce qu'ils ne
peuvent pas s'y intégrer et parce qu'elle est incapable de les assimiler,
jusqu'à ce que leur ténacité ingénieuse, tôt ou tard, triomphe de sa férocité.
Je dis que les pauvres sauveront le monde : ils accompliront cet exploit
colossal. » Formons-nous partie de cette classe de pauvres ?
5. LA SPIRITUALITÉ EST NOTRE FORCE INVINCIBLE
La
dimension spirituelle fait partie intégrante de notre nature humaine :
elle réside au plus profond de notre personnalité. Elle est au cœur de tout ce
qui est invisible en nous. L’auteur du « Petit Prince », Antoine de
Saint-Exupéry, écrivait que « l’essentiel est invisible pour les
yeux. »
Nous
sommes matière et esprit. Nous sommes « matière » car nous sommes faits de «
chair, os et sang » ; nous sommes « esprit » car la vie, l'amour et la beauté
nous dépassent. Nous sommes-nous jamais demandé quel esprit nous anime ? Sera-ce
un esprit qui apprécie la vie, qui est touché par la compassion pour ceux qui
souffrent, qui se délecte de la beauté et de la gratitude, qui est ouvert à la
transcendance ?
Cette
spiritualité, nous l’avons héritée, à travers nos parents, de la nature et du
cosmos. Notre caractéristique fondamentale en tant qu’êtres humains est d’avoir
conscience de tout cela. La spiritualité est au cœur de la vie, de l’amour et
de la beauté. Elle est présente dans les cultures et les civilisations et elle se
manifeste dans les religions par leurs signes et symboles, leurs rites et
rituels, leurs dévotions et leurs croyances. La spiritualité nous relie à
l’Energie vitale, à la Source originelle, au Mystère d’amour qui habite
l’univers et anime toute chose.
Les
cultures et les civilisations naissent et renaissent grâce au progrès humain,
qui les transforme par l'acquisition de nouvelles connaissances. Aujourd'hui,
les religions peinent à assumer ces nouvelles cultures du savoir et de la
communication. Engluées dans la conservation du passé, elles ne parviennent
plus à toucher les nouvelles générations qui s'en éloignent. Ces générations
recherchent de nouvelles voies et de nouvelles formes d'expression spirituelles.
Si les religions perdent du terrain, de l'espace et de l'importance, la
spiritualité, elle, demeure. Au-delà des religions et des idéologies, nous
rêvons tous d'humilité, de bonté et d'œuvrer pour la vie, la fraternité, la
justice et la beauté. Malgré nos limites et nos faiblesses, nous aspirons à
l'Absolu et nourrissons un rêve d'éternité. Même si nous nous conformons à la
société individualiste et consumériste, nous rêvons d'authenticité et de fraternité.
Jésus
de Nazareth fut un être humain qui a atteignit la plénitude dans toutes ses
dimensions : personnelle, sociale et spirituelle. Sa mort n'a pas anéanti son
témoignage ; au contraire, elle l'a rendu universel : en mourant, il a
allumé en chacun de nous le désir d'atteindre ce qui semble de prima bord
inaccessible. Quelle était la spiritualité de ce Jésus ? Lors de son baptême,
il a fait l'expérience du Mystère universel, de l'Énergie vitale, de la Source
créatrice de toute chose. Comme ses compatriotes, il l'a appelé Dieu, qu’il l'a
reconnu comme Père et Mère qui prend soin de tous ; quand il priait, il
l'appelait « Papa Dieu ! ». Lors de la Transfiguration, il s'est reconnu comme
infini, compatissant pour les plus maltraités, habité par cette Énergie invincible.
Jésus
découvrit sa mission en lisant le prophète Isaïe : « L’Esprit du
Seigneur est sur moi. Il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres,
pour proclamer la liberté aux captifs et le recouvrement de la vue aux
aveugles, pour libérer les opprimés et pour proclamer l’année de grâce du
Seigneur. » (Luc 4, 18-21). C’est pourquoi il a choisi d’être pauvre avec
les pauvres, pour tout le transformer avec eux et rendre la réalité humaine et
sociale plus conforme au Mystère de vie et d’amour qui y réside. C’est ce que
nous appelons son option préférentielle pour les pauvres. Cette option comporte
trois engagements. Premièrement, le choix d’une pauvreté digne, c’est-à-dire
une vie simple et austère, empreinte de partage. Deuxièmement, le choix de
lutter contre la misère et de la réduire. Enfin, le choix d’y parvenir en
s’identifiant aux causes des pauvres, à leurs choix et à leurs combats.
Saint Paul le comprenait parfaitement : « Il est écrit : ‘Je détruirai la
sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des savants… Dieu a choisi
les fous de ce monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les faibles du
monde pour confondre les forts. Dieu a choisi les méprisés de ce monde, et ceux
qui ne sont pas reconnus pour réduire à néant ceux qui sont aclamés» (1
Corinthiens 1,19-28).
A plusieurs reprises le pape François a encouragé les Mouvements Sociaux :
« Soyez des artisans de solidarité et d’espérance pour tous. Ne vous
laissez pas corrompre ! … Œuvrons ensemble pour la justice, mais en
solidarité avec toutes les personnes marginalisées… La prise de conscience de
la crise du travail et de l’écologie doit se traduire par de nouveaux
comportements et de nouvelles politiques publiques. Pour susciter de tels
comportements et de telles lois, nous avons besoin d’institutions pareilles à
vos organisations qui cultivent les vertus sociales, qui favorisent
l’épanouissement d’une nouvelle solidarité mondiale, que vous permettant
d’échapper à l’individualisme et au consumérisme et qui remettent en question
les mythes d’un progrès matériel sans fin et d’un marché sans règles
équitables » ( 23 novembre 2017). « J’ose affirmer
que l’avenir de l’humanité repose, en grande partie, entre vos mains, dans
votre capacité à vous organiser et à promouvoir des alternatives créatives.
Vous êtes des poètes sociaux : créateurs d’emplois, bâtisseurs de foyers,
producteurs de nourriture, notamment pour ceux que le marché mondial a laissés
pour compte… L’avenir de l’humanité est fondamentalement entre les mains des
peuples, dans sa capacité à s’organiser et aussi entre celles et ceux qui,
humblement et avec conviction, nourrissent ce processus de changement. N’ayez
pas peur ! Vous êtes les semeurs du changement » (juillet 2015, Santa
Cruz, Bolivie).
La
spiritualité de Jésus s’enracine en Dieu Père et Mère, dans les pauvres
organisés et dans ceux qui choisissent leurs causes et leurs combats. C’est la
spiritualité du Bon Samaritain (Luc 10, 25-35), interprétée collectivement,
comme le dit le pape François lui-même : « Le voyageur dépouillé
représente, d’une part, ceux qui sont exclus de l’organisation sociale,
économique et politique d’un pays et, d’autre part, les peuples, les pays et
les continents attaqués, blessés, pillés et abandonnés… La mission incombe à
tous, et l’Église doit collaborer avec les autres, en offrant sa parole avec
audace et courage, mais aussi avec humilité et une capacité d’apprendre des
autres » (Lettre encyclique « La Joie de l’Évangile »). En route
donc !
C’est là que conclut cette série de cinq articles visant à comprendre la
réalité de notre pays et à nous inciter, nous, avec les pauvres organisés, à
nous unir pour enrayer sa destruction. Jésus de Nazareth appelait ce projet et
ce combat « le Royaume de Dieu »… qui ne se détiendra jamais.
6. « LEVEZ LES YEUX ! »
Tel fut le grand message du pape Léon XIV lors de son voyage en Espagne : «
Levez les yeux ! »… c’est-à-dire : ‘Ne vous contentez pas de supporter les
difficultés individuelles et les problèmes locaux… La vie ne se limite pas à
l’horizon de chaque jour’… « Levez les yeux ! » a dit le pape au peuple
espagnol, à toute l’Europe et à nous aussi.
En
Équateur, nous sommes accablés par une dictature qui ne cesse de croitre et qui
nous oblige à affronter des situations terribles : la violence orchestrée d'en
haut qui se poursuit sans relâche, le chômage programmé qui nous assaille, la
perversité d'un gouvernement qui fait de la persécution son mode d'action,
oubliant la santé, l'éducation, les routes, la pauvreté qui se transforme en
misère.
«
Levez les yeux ! » nous dit le Pape, car si la persécution est aussi forte,
c’est parce qu’il existe, en de nombreux endroits, une résistance individuelle
et collective intense contre un système de gouvernement qui s’attarde
indéfiniment à nous tromper. Baissons légèrement la tête pour continuer à
marcher contre vents contraires… et unissons-nous, car c’est ainsi que nous
serons forts pour infléchir le cours des évènements.
Levons
les yeux pour ne pas nous décourager. Partout, un avenir meilleur est en train
de naître. C'est la loi de la vie, comme une grande naissance : la destruction
et les morts sont aussi sources de vie ! La poubelle de l’histoire emporte beaucoup
de vies souvent inutiles, mais non pas nos rêves ni nos utopies ! Les hommes,
les nations, la nature et le cosmos portent en eux un avenir meilleur qu'il
faut bâtir sans faiblir. Il y a deux mille ans, saint Paul disait aux Romains :
«Nous voyons toute la création gémir et souffrir les douleurs de l'enfantement.
Nous aussi, nous soupirons intérieurement, en attendant l'adoption, la
rédemption de notre corps… Dans tout cela, nous serons plus que vainqueurs » (
8, 19-23). Nous sommes les enfants
de l'espérance
de l'univers et de Dieu.
Commençons
par regarder autour de nous et rappelons-nous que le bien est et sera toujours
plus fort que le mal. Apprécions les petits gestes de la voisine qui prend soin
sans relâche de ses enfants, de celui qui nettoie la rue et plante des fleurs,
et de ceux qui nous saluent et nous sourient. Regardons les enfants jouer et
crier de joie. Regardons ceux qui se rassemblent, se réunissent et s'organisent
pour partager, éveiller les consciences et mettre en marche des solutions… Bien
sûr, ce ne sont que des gouttes d'eau dans un océan déchaîné ! Mais la mer est
composée de millions de gouttes d'eau, et « une seule goutte en change le
niveau ! »
Levons
les yeux et regardons au-delà de nos frontières nationales et continentales.
Les stadistes estiment à plus de 50 le nombre de conflits armés sur notre
planète… sans oublier le génocide en cours en Palestine. Dans le même temps,
demandons-nous quand il n'y a pas eu de guerres dans le monde. Les droits
humains, les droits des peuples et les droits de la nature ne sont pas
respectés… Mais, « avant ! », les droits humains n'étaient même pas
un sujet de discussion !
Nous
vivons dans un monde qui a commencé à vivre meilleur malgré toutes ses
difficultés, car tel est notre destin, inscrit dans notre ADN. Une simple
bougie peut dissiper bien des ténèbres. Jésus de Nazareth nous le disait : «
Vous êtes la lumière, le sel et le levain du monde ! » Jamais auparavant il n'y
a eu autant d'organisations internationales et mondiales. Certes, beaucoup
fonctionnent mal, voire pas du tout. Mais leur existence même nous prouve qu'il
est possible d'innover, de bâtir la fraternité, de semer la justice, d'atténuer
le mal… Elle nous rappelle que c'est notre tâche et notre responsabilité, notre
vocation et notre mission. Il appartient à chacun d'entre nous de laisser le
monde un peu meilleur.
Il y
a vingt-cinq ans, le 11 septembre, la tragédie des attentats aux États-Unis a
marqué le début de la prise de conscience que l'hégémonie américaine n'est pas
inébranlable. Aujourd'hui, l'Iran démontre que la puissance militaire des
États-Unis n'est pas invincible. Trump est une erreur colossale dans l'histoire
nordaméricaine. La mort d'Allende au Chili proclame que le socialisme est
possible et meilleur que le capitalisme. ‘Le problème n'est pas la malveillance
de quelques-uns, mais l'indifférence et la passivité de millions de personnes’,
parmi lesquelles nous nous incluons à un moment ou un autre.
Le
néolibéralisme a certes remporté la bataille de l'organisation, contre la
fraternité et la justice, mais il n'a pas mis fin aux luttes pour la vie qui,
siècle après siècle, triomphent de la mort, de la haine et de l'exploitation
quelque part sur la planète. La bonté de certains nous préserve de la
perversion de tant d'êtres malfaisants. C'est pourquoi la vénération des héros
et des martyrs du peuple est si différente de celle des livres d'histoire qui
nous livrent une version mensongère de la vision des vainqueurs.
Levons
les yeux et apprenons à voir l'autre côté de l'histoire, celle d'en bas, celle du
point de vue des pauvres, des femmes, des peuples autochtones, des mouvements
sociaux, de l'Église des pauvres, de la musique des rebelles. Une autre
histoire s'écrit, se proclame, se chante : c'est la sève d'une vie nouvelle,
d'une meilleure coexistence, d'une harmonie avec la nature, d'une communion
avec le cosmos et son énergie vitale que rien ni personne ne peut arrêter.
Plaçons-nous du côté positif de l'histoire, apportons notre grain de sable,
ressentons l'espoir qui anime toute chose et célébrons, modestement, « la fête
à venir », la fête qui commence.