jueves, 30 de mayo de 2013

Quels prêtres pour quelle Eglise... Une réponse polémique



P O U R   U N E   E G L I S E   S A N S   P R Ê T R E S

Kevin Madigan, The New Republic, Etats-Unis, février 2013.
Présentation du livre ‘Why priests?’ (Pourquoi des prêtres ?), Garry Wills, 2013.

            Face à la crise des vocations, rien ne sert de se demander si la hiérarchie catholique doit autoriser le mariage des prêtres ou l’ordination des femmes. La vraie solution consiste à se passer une bonne fois pour toutes des ecclésiastiques, comme les premiers chrétiens.

            La renonciation du pape Benoît XVI, en février dernier, a réveillé quelques très vieux mythes à propos de la papauté, notamment celui qui prétend que saint Pierre fut le premier pape et Benoît son successeur, comme tous les pontifes. En réalité, différents Saints-Pères ont forgé cette légende pour s’arroger le pouvoir apostolique, le prestige et l’affection attachée à Pierre. (Cette prétention est aisément réfutée par l’examen des textes bibliques du premier siècle.) Plus tard les papes se sont dits les successeurs du Christ pour accroître encore leur puissance.
            Dans ‘Why priests ?’, Garry Wills pose un regard critique sur le lien existant entre prêtres, pouvoir et piété eucharistique. La question qui anime l’ouvrage est en effet la suivante : comment le christianisme primitif qui se pratiquait sans prêtres, a-t-il engendré une tradition où ceux-ci jouent un rôle central et même indispensable ? Comme le fait remarquer l’auteur, ancien séminariste, aucun des livres du Nouveau Testament ou presque ne le mentionne ; le seul qui le fasse -‘l’Épître aux Hébreux’- imagine seulement Jésus en prêtre. Bien que l’Eglise catholique soutienne depuis des siècles la position opposée, il est historiquement faux d’affirmer que le Christ institua le ministère ecclésiastique. Non seulement il n’était pas membre de la classe sacerdotale, mais il est anachronique de dire qu’un seul de ses apôtres était perçu en ces termes, par Jésus ou par eux-mêmes.
            Comment, dès lors, les prêtres sont devenus dominants, puis essentiels dans le catholicisme ? Et pourquoi, s’interroge Wills dans ce livre provocateur, historiquement riche et légèrement donquichottesque, le Vatican continue-t-il d’entretenir pareils mensonges ? De manière encore plus provocante, l’auteur demande pourquoi l’Eglise, en ces temps de scandale et de crise des vocations, ne revient pas à ses origines antiques pour se passer purement et simplement des ecclésiastiques ?
            L’empire des prêtres, explique Wills de manière convaincante, prend sa source dans la célébration eucharistique, où le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus de Nazareth. Il montre que l’Eucharistie comme transformation miraculeuse est officiellement une invention du XVIe siècle. Aux premiers temps du christianisme, de l’an 35 à l’an 200 environ, la consécration du pain et du vin n’existait pas et personne n’imaginait le repas comme un sacrifice (les catholiques parlent encore du « sacrifice du la messe » 1). Qui plus est, Jésus-Christ n’a jamais voulu instituer l’Eucharistie au cours de la Cène, contrairement à ce que prétend la tradition absurde depuis le Moyen-Âge.
            C’est précisément la manière dont Wills établit le lien entre le pouvoir ecclésiastique et la prétendue capacité des prêtres à transformer le pain et le vin de la célébration liturgique en corps et sang physique du Christ, qui fait la force et l’originalité de ce livre. Ayant le monopole de cette faculté, les ministres du culte deviennent, de fait, des « faiseurs de Dieu ». L’auteur dissipe aussi les nombreux mythes qui entourent l’origine et le pouvoir de la prêtrise, dont la plupart ont été conçus et entretenus pendant plus d’un millénaire par l’Eglise romaine.
            L’examen des sources du christianisme primitif auquel se livre Wills s’avère particulièrement probant. Il étudie, entre autre document, la ‘Didaché’. Découvert au XIXe siècle, cet écrit prétend livrer « l’Enseignement des 12 apôtres » (‘didaché’ signifie ‘enseignement’ en grec). Les spécialistes pensent qu’il fut rédigé en Syrie dans la 2e moitié du IIe siècle (mais il ne s’agit que d’une forte présomption) et il laisse clairement entrevoir les pratiques rituelles chrétiennes de cette époque, notamment le repas eucharistique commun. Le plus frappant, c’est que ce texte ne contient pas les prétendues « paroles d’institution » figurant dans chacun des 3 premiers évangiles qui ont fait du « dernier repas » de Jésus un repas mémoriel et sacrificiel, et constituent l’un des fondements de la vision de l’Eucharistie comme sacrifice (2). Mais l’analyse que propose la ‘Didaché’ grecque prouve que, dans la méditerranée orientale du IIe siècle, les chrétiens ne concevaient pas ‘leur’ repas d’action de grâces dans les termes des évangélistes, même environ un siècle après que les auteurs des Evangiles eurent composé leur récit de la Cène. L’Eucharistie n’a donc pas toujours été imaginée en termes sacrificiels.
            Le statut et l’autorité de la prêtrise sont fondés -ou infondés- sur l’affirmation que Jésus a institué l’Eucharistie comme repas sacrificiel et que les ecclésiastiques, suivant Son ordre et Son exemple, offrent le corps et le sang du Christ en sacrifice à Dieu au nom de leurs paroissiens. Puisque Wills conclut que cette célébration n’a pas été conçue comme sacrifice offert par le prêtre, la question est alors : pourquoi le catholicisme a-t-il besoin d’eux ?
            Ni ce genre de question ni le titre de cet ouvrage ne doivent laisser penser que l’auteur est hostile aux ministres du culte. Non content d’avoir passé lui-même 5 ans au séminaire, Garry Wills a consacré 3 de ses livres aux grands prêtres érudits et prêtres prophètes de sa génération, comme Dan Barrigan (3).
            Curieusement, l’auteur suggère qu’au lieu de militer pour l’ordination des femmes, de prêtres mariés ou ouvertement homosexuels, le plus logique et le plus honnête historiquement serait d’imaginer un catholicisme sans ecclésiastiques. Voilà, selon Wills, qui serait plus fidèle à la pratique chrétienne originelle que le catholicisme moderne (en tant que catholique, Wills a de la sympathie pour l’évolution de la tradition religieuse, mais, dans le christianisme, les origines restent cardinales). Comme il conclut, « la tendance à condamner, accuser et persécuter » qu’on trouve chez les papes de toutes les époques « vient d’un attachement jaloux à leurs prérogatives et de l’orgueil né de l’exclusivité » du rôle des prêtres. Séparé du reste des humains par leur « pouvoir unique de transformer le pain et le vin en corps et sang du Christ », ces derniers ont donc tenu les catholiques à distance des autres chrétiens et du Jésus des Evangiles. Dès lors, pourquoi les prêtres ?
            Même si elle ouvre sur une réflexion fascinante, la proposition de Wills ne sera jamais sérieusement envisagée par le clergé catholique, ni par les paroissiens. Elle sera donc probablement rejetée comme irréaliste, voire cruelle. C’est dommage. Quoi qu’on en pense, la manière dont l’auteur détruit de nombreux mythes entourant les origines de la fonction sacerdotale, apporte des informations et des éclaircissements essentiels, surtout pour les catholiques pratiquants.

Cet article est paru dans ‘The New Republic’, le 11 février 2013. Il a été traduit par Laurent Bury.

Notes
1. Dans la foi catholique, la messe est le renouvellement, non sanglant mais bien réel, du sacrifice du Christ. Elle est à la fois sacrifice et commémoration du dernier repas que Jésus prit avec ses disciples avant sa mort.
2. « Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous ». Puis : « Prenez et buvez-en tous ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi. »
3. Jésuite nord-américain né en 1921, ce militant fut condamné pour avoir brûlé les registres d’un bureau d’incorporation de l’armée en pleine guerre du Vietnam.

miércoles, 29 de mayo de 2013

Texte de monseigneur Jacques Gaillot en faveur du mariage pour tous



U N   E V E N E M E N T   M A J E U R ,  par  Jacques  Gaillot

La société française s'apprête à franchir un seuil avec l'adoption de la loi du mariage homosexuel. Si c'est le cas, ce sera un événement qui fera date dans l'histoire de notre pays et une avancée démocratique considérable, comme le fut l'abolition de la peine de mort au siècle dernier.
La reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe et de leur droit, en adoptant, de fonder une famille, s'imposera peu à peu en France, comme ailleurs. On s'apercevra alors que ce mariage tant décrié ne fait perdre aucun droit aux autres, qu'il n'est en aucune manière une menace pour les familles dites « normales », ni une régression pour la société et encore moins la fin de la civilisation.
Il est vrai que les affrontements ont été vifs, et que les opposants n'ont pas baissé la garde. Le harcèlement des élus se poursuivra jusqu'au bout. Mais on n'arrête pas la marée qui monte. La reconnaissance du couple homosexuel s'inscrit dans le puissant mouvement de modernité qui, au fil des ans, fait valoir les droits imprescriptibles de l'individu et de son autonomie. L'individu est au centre. D'où l'importance accordée aux relations entre les individus. Voilà qui relativise le modèle familial dominant et les références à un ordre naturel ou divin. Le droit a fini par rejoindre l'évolution des mœurs : l'amour entre deux personnes de même sexe est un droit humain fondamental. Le principe d'égalité a joué.
Quant à l'adoption, le nouveau droit ouvre certainement un chemin qui a de l'avenir. Car l'adoption est un choix libre, fait par amour. On sort du tout biologique. Faut-il rappeler que depuis l'homme de Nazareth, la religion chrétienne est fondée sur l'adoption et que les chrétiens sont tous des enfants d'adoption ? On ne devient père ou mère que le jour où on dit à son enfant : je te choisis par amour. Nous sommes en pleine modernité.
Les évolutions en cours sont une invitation à favoriser la famille relationnelle, avec la loi d'amour qui est essentielle. C'est l'amour qui favorise l'épanouissement de chacun, en particulier de l'enfant. Nous sommes tous concernés. Notre responsabilité n'est-elle pas d'éveiller des libertés ? Des libertés pour aimer ?

Jacques Gaillot, Evêque de Partenia.

La vitalité des Communautés Ecclésiales de Base



ACTUALITE DES COMMUNAUTES DE BASE EN AMERIQUE LATINE
Pierre Riouffrait, prêtre sans frontière.

Les Communautés Ecclésiales de Base (CEBs) sont nées au Brésil dans les années ’50 : des chrétiens de secteurs pauvres de la ville et de la campagne se réunissent pour lire la Bible et trouver un éclairage religieux pour vivre plus dignement comme personne, plus fraternellement entre les membres de leur CEB, plus solidairement avec leur voisin et pour changer leur situation. Les CEBs se sont multipliées très rapidement dans tous les pays d’Amérique Latine.
Il y a 50 ans le Concile Vatican II reconnaissait leur importance. Lors de leur réunion en 1968 à Medellín, en Colombie, les évêques latino t -américains les définissaient comme un espace complet d’Eglise, semblable a celui de la paroisse et le diocèse. L’engouement des premières décennies baissa lorsque beaucoup d’évêques et de prêtres découvrirent que la pauvreté et l’option pour la cause des pauvres les engageaient également.
A partir des années ’80, les critiques à la théologie de la libération y les poursuites à plus de 140 théologiens de la libération de la part du cardinal Joseph Ratzinger justifia dans beaucoup de diocèses d’Amérique Latine l’abandon de lignes pastorales en faveur des CEBs ; dans les grands séminaires, l’étude des Documents-Conclusions des réunions épiscopales latino-américaines et de la théologie de la libération fut interdite. Depuis ces années-là, les nouveaux prêtres ignorent ces aspects importants du Magistère Latino-américain et considèrent les CEBs et la théologie de la libération comme un danger pour l’Eglise. Dans le même temps les nouveaux évêques furent systématiquement choisis parmi les plus traditionalistes. Le résultat fut une persécution aux CEBs et aux prêtres, religieux et religieuses qui les accompagnaient. Cette situation continue jusqu’à nos jours.
Actuellement les CEBs continuent actives et enthousiastes, et la théologie de la libération qu’elles ont suscitée ne cesse de se développer dans tous les continents. Comme « moteur d’évangélisation et de libération », les CEBs latino-américaines résistent face aux difficultés qu’elles rencontrent à l’intérieur de l’Eglise, elles témoignent de la Bonne Nouvelle du Royaume dans les secteurs et quartiers où elles sont implantées et provoquent les Eglises et la société à être au service des pauvres et des droits de l’homme en général.

LES CEBs RÉSISTENT
Parce qu’elles questionnent les institutions ecclésiales et politiques dominatrices, les CEBs sont persécutées à la fois par le clergé et les gouvernements. En Equateur par exemple, depuis plus de 2 ans un conflit ecclésial oppose la nonciature et les évêques de l’opus dei aux chrétiens du diocèse de Sucumbíos qui n’acceptent pas que soit détruit leur travail pastoral libérateur légitimé par 40 années d’efforts missionnaires selon les orientations des Magistères latino-américains et universel. Cette situation s’est produite dans la plupart des diocèses d’Amérique Latine qui avaient adopté cette nouvelle forme d’évangélisation malgré les protestations locales et la solidarité nationale et internationale.
Dès 1980 et ensuite tous les 4 ans, les CEBs ont tenu leurs réunions latino-américaines. Depuis 2005 une articulation existe au niveau de tout le continent. Depuis plus d’un an cette articulation organise une formation biblique et pastorale par internet à laquelle participent responsables de CEBs et accompagnateurs de tous les pays latino-américains.
Dans les années 2005, le CELAM (Conseil Episcopal Latino-Américain, à Bogota en Colombie), reconnaissait l’importance des CEBs dans tout le continent pour l’évangélisation des secteurs populaires et lançait dans tous les pays une campagne en leur faveur. Un des meilleurs résultats a été leur confirmation dans le Document-Conclusions de la 5e réunion des évêques à Aparecida au Brésil en 2007, malgré les censures apportés au Document après son passage au Vatican. Par contre les conférences épiscopales et la plupart des évêques n’en ont tenu aucun compte de ses orientations sur les CEBs, l’option pour les pauvres, l’inculturation de la foi…
La dernière réunion latino-américaine des CEBs qui a eu lieu au Honduras l’an dernier a démontré leur vitalité et la constitution dans divers pays de CEBs juvéniles.
Les CEBs résistent et se maintiennent : elles accomplissent la parole de Jésus disant que « celui qui a mis la main la charrue ne fait pas marche arrière ».

LES CEBs TÉMOIGNENT DE LA FORCE DU ROYAUME.
C’est sans la passion pour le Royaume qui caractérise les CEBs : « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice ; le reste viendra par surcroît ». L’objectif d’actualiser le Royaume se transforme en une vie pleinement réussi, au niveau personnel, social et religieux. Quels changements dans la vie personnelle des membres des CEBs. La vie en communauté est leur référence permanente pour découvrir leur dignité et discerner les chemins d’une vie fraternelle et solidaire. Ceci se doit à la méthodologie utilisée dans les réunions : on commence de parler de la réalité nous qui touche directement, on l’illumine avec la Parole de Dieu et les Documents de l’Eglise et on prend de petits engagements individuels et collectifs pour changer ce qui ne correspond pas aux valeurs du Royaume.
La vie ensemble et le souci pour les autres prennent une nouvelle dimension : il s’agit de construire la grande famille humaine à partir des relations de tous les jours. Viennent alors les actions de solidarité pour changer ce qui détruit la vie et la convivialité. Les engagements se font plus grands et touchent la dimension politique, économique, culturelle et sociale, pour transformer des structures qui sont au service de l’argent et non du bien commun.
Les CEBs sont un facteur de vitalité pour les paroisses et les diocèses. Elles témoignent d’un Jésus présent dans la vie quotidienne, transformateur des personnes et des institutions ankylosées dans des siècles de répétitions passives des mêmes gestes et paroles. Certainement les CEBs en Amérique Latine ont été la portion de l’Eglise qui a pris le plus en sérieux le Concile Vatican II. Elles en ont payé le prix fort avec ses milliers de martyres par tout le continent.
Les CEBs sont les témoins d’une Eglise renouvelée, tranquille devant les défis des cultures nouvelles et décidée à témoigner du Royaume devant tous les aréopages modernes.
Elles nous font dire comme Jésus : « Je te bénis, Père, car tu as révélé ces choses (du Royaume) aux petits et aux humbles ».

Quito, Equateur, février 2013.

Pierre Riouffrait est prêtre diocésain originaire de Haute Loire. Arrivé en Equateur en 1976 con prêtre « Fidei donum » (sans frontière), il a travaillé dans des paroisses pauvres de la ville et la campagne comme accompagnateur des CEBs et chargé de leur formation au niveau national. Il fait partie de l’équipe latino-américaine de l’Ecole Biblique virtuelle dont le siège est au Mexique.

martes, 1 de enero de 2013

Le Document de l'Eglise des Pauvres


MEDELLIN :  CE  FEU  QU’ON  NE  PEUT  ARRETER

Anexe : « El pacto de la catacumbas ».

La Conférence des évêques latino-américains de Medellin en 1968 est gravée dans la mémoire du peuple de ce continent. L’audace du document est dans la suite de la rupture, commencée par Vatican II, avec le passé d’une Église ankylosée dans l’oubli des questions terrestres. C’est le meilleur épilogue du Concile, parce qu’il déplace cette énergie de l’Esprit vers le cœur  de l’être humain latino-américain pauvre, souffrant, croyant et opprimé.

Joies et espérances dans l’Église
Au début des années soixante, l’apparence extérieure de l’Église catholique en Amérique latine choque avec la réalité dramatique de la pauvreté de ses enfants. Le développement économique des pays a permis qu’une petite minorité s’enrichisse pendant que les majorités souffrent sans voix représentative qui garantisse ses droits humains et ses nécessités les plus basiques.
L’Église est vue par beaucoup comme une institution qui légitime l’ordre oppresseur. La convocation du Concile crée une nouvelle ère pour l’Église latino-américaine et ouvre un débat théologique sur la place des pauvres. Le message de Medellin est dans Gaudium et spes’ et dans le « Pacte des catacombes » signé, à la fin du Concile, par quarante évêques qui prennent l’engagement d’une vie pauvre au service des pauvres (parmi eux un groupe important de latino-américains). Il est évident que la vision prophétique de Dom Helder Camara est à l’origine de cette Alliance.
Medellin engage une nouvelle période de la vie de l’Église, avec une rénovation spirituelle dont le fruit logique est une authentique sensibilité sociale. « Sur le continent latino-américain, Dieu a projeté une grande lumière qui resplendit sur le visage rajeuni de son Église. C’est l’heure de l’espérance. Nous sommes conscients des problèmes terribles qui nous affectent. Mais plus que jamais, le Seigneur est au milieu de nous en train de construire son Royaume ».

« J’ai vu l’oppression de mon peuple » (Exode 3,7)
Le document dans son introduction définit clairement son propos et l’esprit qui le guide : « L’Église latino-américaine vit un moment décisif de son processus historique. Elle est retournée vers “l’homme”, consciente que “pour connaître Dieu, il est nécessaire de connaître l’homme” (1,1). Car le Christ est quelqu’un en qui se manifeste le mystère humain. Ainsi l’Église a cherché à comprendre ce moment historique à la lumière de la Parole qu’est le Christ ».
Le document dans sa totalité est centré sur le thème de la pauvreté. Dans cette option, on peut discerner l’influence de plusieurs évêques et prêtres d’Amérique latine qui se rapprochèrent des pauvres, Indiens, paysans et masses opprimées des grandes villes, vivant avec eux, sentant et partageant leurs souffrances et leurs humiliations. Certains d’entre eux en payèrent le même prix que Jésus : la torture, la prison, la persécution et la mort. C’étaient des temps de féroces dictatures qui ne pardonnaient pas « l’audace » de cette nouvelle prédication. Paul VI lui-même, inspiré par le Concile, exhorte les évêques à un engagement social plus grand. « L’Église d’Amérique latine, vues les conditions de pauvreté du continent, ressent l’urgence de traduire cet esprit de pauvreté dans des gestes, des attitudes et des lois qui la changent en un signe plus clair et plus authentique du Seigneur » (14,6). Medellin a des accents prophétiques qui rappellent l’Exode : « Une clameur sourde naît de millions d’hommes, demandant à leurs pasteurs une libération qui ne leur arrive de nulle part » (14,2).

Lettre 91, du SNMUE (CEFAL), décembre 2012.

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E L   P A C T O   D E   L A S   C A T A C U M B A S

¡Magnífico y evangélico este pacto de las catacumbas! Un grupo de unos 40 obispos durante el Concilio Vaticano II, en 1965, reunidos en la catacumba de Santa Domitila, suscribieron el Pacto de las Catacumbas, con el liderazgo de Dom Hélder Câmara, en un intento valeroso de tratar de reflejar mejor la Iglesia de Jesús, comunidad de los creyentes. Gestos como éstos se echan muy en falta en los pastores de hoy, tan preocupados por otras cosas… (Redacción de R.C.).
El 16 de noviembre de 1965, pocos días antes de la clausura del Concilio, cerca de 40 padres conciliares celebraron una eucaristía en las catacumbas de santa Domitila. Pidieron “ser fieles al espíritu de Jesús”, y al terminar la celebración firmaron lo que llamaron “el pacto de las catacumbas”. El “pacto” es una invitación a los “hermanos en el episcopado” a llevar una “vida de pobreza” y a ser una Iglesia “servidora y pobre” como lo quería Juan XXIII. Los firmantes -entre ellos muchos latinoamericanos y brasileños, a los que después se unieron otros- se comprometían a vivir en pobreza, a rechazar todos los símbolos o privilegios de poder y a colocar a los pobres en el centro de su ministerio pastoral.


“Nosotros, obispos, reunidos en el Concilio Vaticano II, conscientes de las deficiencias de nuestra vida de pobreza según el evangelio; motivados los unos por los otros en una iniciativa en la que cada uno de nosotros ha evitado el sobresalir y la presunción; unidos a todos nuestros hermanos en el episcopado; contando, sobre todo, con la gracia y la fuerza de nuestro Señor Jesucristo, con la oración de los fieles y de los sacerdotes de nuestras respectivas diócesis; poniéndonos con el pensamiento y con la oración ante la Trinidad, ante la Iglesia de Cristo y ante los sacerdotes y los fieles de nuestras diócesis, con humildad y con conciencia de nuestra flaqueza, pero también con toda la determinación y toda la fuerza que Dios nos quiere dar como gracia suya, nos comprometemos a lo que sigue:
1.       Procuraremos vivir según el modo ordinario de nuestra población en lo que toca a casa, comida, medios de locomoción, y a todo lo que de ahí se desprende. Mateo 5,3; 6,33s; 8-20.
2.       Renunciamos para siempre a la apariencia y la realidad de la riqueza, especialmente en el vestir (ricas vestimentas, colores llamativos) y en símbolos de metales preciosos (esos signos deben ser, ciertamente, evangélicos). Marcos 6,9; Mateo 10, 9s; Hechos 3,6: “Ni oro ni plata”.
3.       No poseeremos bienes muebles ni inmuebles, ni tendremos cuentas en el banco, etc. a nombre propio; y, si es necesario poseer algo, pondremos todo a nombre de la diócesis, o de las obras sociales o caritativas. Mateo 6,19-21; Lucas 12,33s.
4.       En cuanto sea posible confiaremos la gestión financiera y material de nuestra diócesis a una comisión de laicos competentes y conscientes de su papel apostólico, para ser menos administradores y más pastores y apóstoles. Mateo 10,8; Hechos 6,1-7.
5.       Rechazamos que verbalmente o por escrito nos llamen con nombres y títulos que expresen grandeza y poder (Eminencia, Excelencia, Monseñor…). Preferimos que nos llamen con el nombre evangélico de Padre. Mateo 20,25-28; 23,6-11; Juan 13,12-15.
6.       En nuestro comportamiento y relaciones sociales evitaremos todo lo que pueda parecer concesión de privilegios, primacía o incluso preferencia a los ricos y a los poderosos (por ejemplo en banquetes ofrecidos o aceptados, en servicios religiosos). Lucas 13,12-14; 1 Corintios 9,14-19.
7.       Igualmente evitaremos propiciar o adular la vanidad de quien quiera que sea, al recompensar o solicitar ayudas, o por cualquier otra razón. Invitaremos a nuestros fieles a que consideren sus dádivas como una participación normal en el culto, en el apostolado y en la acción social. Mateo 6,2-4; Lucas 15,9-13; 2 Corintios 12,4.
8.       Daremos todo lo que sea necesario de nuestro tiempo, reflexión, corazón, medios, etc. al servicio apostólico y pastoral de las personas y de los grupos trabajadores y económicamente débiles y subdesarrollados, sin que eso perjudique a otras personas y grupos de la diócesis. Apoyaremos a los laicos, religiosos, diáconos o sacerdotes que el Señor llama a evangelizar a los pobres y trabajadores, compartiendo su vida y el trabajo. Lucas 4,18s; Marcos 6,4; Mateo 11,4s; Hechos 18,3s; 20,33-35; 1 Corintios 4,12 y 9,1-27.
9.       Conscientes de las exigencias de la justicia y de la caridad, y de sus mutuas relaciones, procuraremos transformar las obras de beneficencia en obras sociales basadas en la caridad y en la justicia, que tengan en cuenta a todos y a todas, como un humilde servicio a los organismos públicos competentes. Mateo 25,31-46; Lucas 13,12-14 y 33s.
10.    Haremos todo lo posible para que los responsables de nuestro gobierno y de nuestros servicios públicos decidan y pongan en práctica las leyes, estructuras e instituciones sociales que son necesarias para la justicia, la igualdad y el desarrollo armónico y total de todo el hombre y de todos los hombres, y, así, para el advenimiento de un orden social, nuevo, digno de hijos de hombres y de hijos de Dios. Cfr. Hechos 2,44s; 4,32-35; 5,4; 2 Corintios 8 y 9; 1 Timoteo 5,16.
Porque la colegialidad de los obispos encuentra su más plena realización evangélica en el servicio en común a las mayorías en miseria física cultural y moral -dos tercios de la humanidad- nos comprometemos:
̵            a compartir, según nuestras posibilidades, en los proyectos urgentes de los episcopados de las naciones pobres;
̵            a pedir juntos, al nivel de organismos internacionales, dando siempre testimonio del evangelio, como lo hizo el papa Pablo VI en las Naciones Unidas, la adopción de estructuras económicas y culturales que no fabriquen naciones pobres en un mundo cada vez más rico, sino que permitan que las mayorías pobres salgan de su miseria.
̵            Nos comprometemos a compartir nuestra vida, en caridad pastoral, con nuestros hermanos en Cristo, sacerdotes, religiosos y laicos, para que nuestro ministerio constituya un verdadero servicio. Así:
̵            nos esforzaremos para “revisar nuestra vida” con ellos;
̵            buscaremos colaboradores para poder ser más animadores según el Espíritu que jefes según el mundo;
̵            procuraremos hacernos lo más humanamente posible presentes, ser acogedores;
̵            nos mostraremos abiertos a todos, sea cual fuere su religión. Marcos 8,34s; Hechos 6,1-7; 1 Timoteo 3,8-10.
Cuando regresemos a nuestras diócesis daremos a conocer estas resoluciones a nuestros diocesanos, pidiéndoles que nos ayuden con su comprensión, su colaboración y sus oraciones.
Que Dios nos ayude a ser fieles.

http://diegodemedellin.cl/iglesias/